Portrait de Pavić suivi d’un « Autoportrait »

par Antonio Werli

Romancier, poète, critique, académicien, écrivain énorme & hors normes, Milorad Pavić (né à Belgrade le 15 octobre 1929 et mort le lundi 30 novembre 2009) est l’une des plus importantes figures intellectuelles de son pays, et à mon sens, il fait partie des incontournables inventeurs du XXe siècle.

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AuthorAntonio Werli
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Nouvelles mésaventures d'un capitaine

par Pierre Pigot

Pas loin d’une décennie après Fragments de Lichtenberg, Pierre Senges récidive donc avec un opus magnum qu’on n’osait plus attendre tel, où le capitaine Achab, réchappé aussi bien de son roman d’origine que de sa conclusion funeste, vagabonde le long de lignes temporelles défiant toute vraisemblance, avant comme après l’épiphanie de la baleine blanche.

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AuthorPierre Pigot
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Un pur moment américain

par Lazare Bruyant

Arrêtez vos âneries : Mentir à perdre haleine n’est pas un livre sur James Hogue ou le long calendrier de ses manipulations. Ça n’est même pas un livre sur le mensonge. Mentir à perdre haleine est une enquête sur l’âme américaine et les fondations lyriques de son histoire. 

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AuthorLazare Bruyant
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Mise au point ou Casse-Dogme

par René Daumal & Roger Gilbert-Lecomte

Si les dogmes sont des formes de la pensée, la pensée universelle, qui est la vérité de tous les dogmes, est une négation de tous les dogmes. Et nécessairement notre pensée, qui veut être la pensée, doit remplir une fonction de casse-dogmes.

L’aventure selon Lafargue

par Antonio Werli

On dirait que Lafargue n’a pas oublié les leçons d’un Stevenson, d’un Poe ou d’un Hugo — précision dans les détails techniques, violence et crudité des images, mystères en suspension, un style riche et ciselé, quelquefois à la limite de la préciosité —, la mer porte aux élans et aux histoires, et c’est ce à quoi l’auteur convie son lecteur, au territoire Auriaba.

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AuthorAntonio Werli
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Black Hole

par Lazare Bruyant

C’est franchement la galère pour trouver deux pauvres anecdotes sur Ričardas Gavelis que l’auto-correcteur de mon Mac, lacondesarace, ne cesse de vouloir épeler « Javelles ». Sa page wikipedia ressemble à un sachet de thé, Google nous montre tout juste qu’il aurait pu faire une doublure-cascade crédible de Pornstache Mendez et, au final, le mieux que vous puissiez trouver se cache dans le premier pli de la satrapiesque couverture illustrée par Zeina Abirached. Là, on apprend que Gavelis a été physicien, puis journaliste, qu’il a écrit pas mal de nouvelles et six romans dont un monolithe noir que Dominique Bordes a débusqué dans un chapeau à lapins. Autant que vous le sachiez tout de suite, Vilnius Poker est un grand livre sorti de nulle part. 

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La peur et son sourire

par Martin Hervé

Alice au pays de l’hypocondrie, l’auteure française Claire Legendre est plus proche de l’homme aux rats allongé sur le divan de Freud que de la petite fille aux araignées de Gudule. C’est en tout cas de la sorte qu’elle se découvre dans Le nénuphar et l’araignée, son dernier récit autofictionnel et réflexif publié aux Allusifs, un catalogage précis, presque obsessionnel, de ses peurs et de ses phobies. Du pire elle n’oublie rien et se livre sans emphase, mais avec une certaine dose de bienveillance moqueuse, à une séance d’anatomie névrotique.

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AuthorMartin Hervé
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L’hystérie interminable

par Rodrigo Fresán

S’il y a bien un jour plus exceptionnel que celui où l’on entame, ému, un nouveau roman de Thomas Pynchon, c’est précisément celui où l’on achève — ému ? — un roman de Thomas Pynchon, qui a cessé d’être nouveau pour devenir autre chose.

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AuthorRodrigo Fresán
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Une alchimie de la lumière

par Julien Schuh

Ce qui fascine dans ce roman, c’est moins la dextérité digressive de Pynchon que sa capacité à créer une réalité alternative dans laquelle les éléments que nous connaissons de l’Histoire — le roman se déroule « entre l’Exposition Universelle de Chicago de 1893 et les années qui suivent immédiatement la Première Guerre Mondiale » — forment une sorte de strate de cohérence supérieure qui fait de la belle époque une civilisation en soi, non pas une civilisation géographique, mais une civilisation temporelle.

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AuthorJulien Schuh
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Entre les lignes

par Claro

Mason & Dixon est une de ces lectures qui invitent le lecteur à un étrange redoublement : devenir soi-même une autre espèce de Mason ou de Dixon et aborder le roman un peu comme les deux géomètres se coltinent à l’Amérique : munis d’une règle et d’un compas, avec en tête un projet somme toute assez simple : traverser ce territoire inconnu d’un bout à l’autre, lire d’est en ouest, sans tomber dans un précipice ni se noyer ni se faire clouer à des poteaux de torture.

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AuthorClaro
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The Funny Tom Show

par Pierre Pigot

Une fois qu’on a évoqué autour de Thomas Pynchon l’anonymat, l’histoire, la paranoïa, la multiplicité, la science, le pouvoir, la violence, le luddisme, le complot, la mélancolie, tout ça sans oublier la pure beauté de la plus magnificente des proses de notre temps, on a encore oublié de parler de l’humour de Pynchon.

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AuthorPierre Pigot
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Paraboles et lignes droits

par Marc Courtieu

Thomas Pynchon, inlassable quêteur de la mythique wilderness américaine… Il situe carrément le récit de Mason & Dixon à l’époque héroïque, entreprenant de réécrire l’histoire des pionniers, plongeant dans le passé pour restituer à la conquête de l’espace américain sa force et sa dimension presque cosmiques, pour tenter d’atteindre à une totalité compréhensive de la réalité et des événements qui la composent.

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AuthorMarc Courtieu
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L’incipit de Mason & Dixon : l’arc-en-ciel de la création

par Gilles Chamerois

Snow-Balls have flown their Arcs. Dès ces premiers mots, Mason & Dixon est placé sous le signe de l’après-coup et de tous ses paradoxes, qui sont aussi ceux de l’Histoire, et ne serait-ce qu’en cela le roman est bien un roman historique. « La chouette de Minerve prend son envol au crépuscule », disait Hegel, s’envole une fois l’événement clos, et à partir des seules traces doit redonner vie à un mouvement qui ne fut qu’évanescent, et qui a disparu pour toujours.

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AuthorGilles Chamerois
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À travers le Bardo médiatique

par Julien Frantz

La mort cesse d’être absolue, suite : après Gravity’s Rainbow, Pynchon publie Vineland, son premier livre depuis dix-sept ans, si l’on excepte Slow Learner, un recueil de nouvelles de jeunesse sorti — ce n’est certainement pas un hasard — en 1984.

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AuthorJulien Frantz
Categoriescritiques, V.O.

Infra-film en molécules longues

par Julien Frantz

Il y a du Zelig chez Tyrone Slothrop, le personnage principal de Gravity’s Rainbow, et il y a sans doute du Zelig chez Pynchon, ce romancier dont on sait si peu de choses qu’on est tenté de dire de lui ce que Hazlitt disait de Shakespeare : « il fut semblable à tous les hommes, sauf en ceci qu’il fut semblable à tous les hommes. » Être sans visage ; avoir cent visages — telle pourrait être la devise de Thomas Pynchon.

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AuthorJulien Frantz
Categoriescritiques, V.O.

Là où nous allons

par François Monti

Il était peut-être naturel que Thomas Pynchon entamât son parcours littéraire par un V. À la fois complètement ouverte et totalement fermée, cette lettre symbolise mieux que toute autre les problèmes et les joies rencontrés à la lecture d’une œuvre protéiforme, instantanément reconnaissable mais toujours insaisissable. Le paradoxe est pourtant que V. soit sans doute le plus direct des romans de Pynchon et le plus terrifiant de par son diagnostic très précis d’une humanité à la dérive.

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AuthorFrançois Monti
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Un portrait de l’invisibilité

par Antonio Werli

Thomas Pynchon est un écrivain qui, au moment où il est devenu écrivain, s’est effacé du monde public, refusant entretiens et photographies, éléments biographiques dans ses notices éditoriales, fuyant les écrans du spectacle, préférant à jamais imposer son propre écran d’invisibilité : son œuvre, extrêmement dense et complexe, bien que constituée de peu d’ouvrages.

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AuthorAntonio Werli
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Une lettre de Pynchon

par le Fric Frac Club

Dans trois jours, ça fera pratiquement huit décennies que Thomas Pynchon a lancé son premier cri à travers le ciel de notre bonne vieille planète Terre. Histoire de marquer le coup et de trinquer une année de plus à la santé du bonhomme, on réouvre les archives, retour sur les livres de Pynchon au Fric Frac Club, détours par ce qu'ils ont pu nous inspirer. Première salve, qu'on complètera la semaine prochaine sur le FFC.

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AuthorLe Fric Frac Club

Les hommes en blanc et la ville fantôme

par Antonio Werli

Les deux plus indémodables et indécrottables compères de la littérature argentine, n’ont pas fait qu’écrire des nouvelles policières sous pseudonyme, former des anthologies fantastiques ou boire du maté en écoutant des milongas jusqu’au bout de la nuit. Il est aussi arrivé à messieurs Borges et Bioy Casares de fabriquer quelques scénarios pour le cinéma dont certains ont même été tournés, comme le redoutable et merveilleusement esthétique Invasión de 1969.

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Les soirées tables-tournantes

par Pierre Pigot

Tandis qu’à Paris, le Second Empire commençait à s’installer dans les dorures des Tuileries et les tournicotis des crinolines sur un air d’Offenbach, il y avait, dans l’archipel anglo-normand, un poète français exilé avec sa famille et quelques amis, qui chaque soir tirait les rideaux et plaçait au centre de la pièce une petite table d’enfant, dont les coups et les craquements étaient interprétés comme autant de signes venus de l’au-delà, et que le poète se hâtait aussitôt de transcrire sur le papier.

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AuthorPierre Pigot