Tanatotechniques : quand l'hantologie monte le son

par Nicolas Tellop

Dans la famille de ces savants doux-dingues aux idées désarmantes de fantaisie, Thomas A. Edison pourrait tenir lieu de grand patriarche. Dans la deuxième partie de sa vie, l’homme aux mille et quelques brevets a eu l’ambition folle et terrifiante de mettre au point une machine capable de communiquer avec les morts et d’enregistrer leurs voix. Il voulait ainsi apporter un outil scientifique rigoureux aux spirites de l’époque, dont il regrettait l’amateurisme. C’est ce que nous permet de découvrir Philippe Baudouin dans sa présentation du Royaume de l’au-delà édité par Jérôme Millon – texte ahurissant qui constitue à la base la dernière partie de l’autobiographie de l’inventeur, Mémoires et observations.

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Et à la fin, Shéhérazade meurt

par Lazare Bruyant

« Je préférerais être un personnage de roman plutôt qu’une vraie personne. » Ça aurait commencé comme ça, la création de Lenore Beadsman. Une phrase lâchée, dans une fac du Massachusset, par une gentille girlfriend. Peut-être qu’elle le pensait vraiment ou alors peut-être qu’elle s’emmerdait juste assez pour le croire et, bien entendu, l’autre est tombé dessus comme un chien sur un os et ne l’a pas lâché, jusqu’à en tirer un premier bout de viande filandreux - c’est quoi la différence entre un personnage de roman et une vraie personne ? - lequel deviendra ce grand arc narratif à mille cordes, plein d’humour, de tendresse et de tristesse. La fonction du balai. Un geste d’une maturité effroyable. David Foster Wallace n’avait que 25 ans lorsque paru Broom of the System en 1987. Il venait de vivre la moitié de sa vie.

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The Great White Shark of Pain

par Olivier Lamm

Comme pour d’autres interminables mastodontes en grosses, grosses coulées de lave (JR de Gaddis, L'arc-en-ciel de la gravité de Pynchon, La famille royale de Vollmann), la lecture d’Infinte Jest s’apparente moins à un turbin industrieux auquel on revient chaque soir, chaque matin, désolé d’avance de la peine qu’on va infliger à son dendrites, qu’à une longue sieste, une longue retraite, une longue rémission de la terrible frénésie de totalité qui nous pousse à enchaîner les bouquins et les parties du monde.

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Mister Graphomane

par Olivier Lamm

DFW était autant célébré pour son écriture remarquable, son humour et ses formidables articles (pour Harper’s, Rolling Stone ou… Tennis Magazine) que critiqué pour la complaisance de ses jongleries, dont il était devenu un temps un épouvantail (en 2003, on a fait grand bruit d’une lettre de rupture envoyée à une petite amie, parce qu’elle faisait 67 pages et presque autant de notes).

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Une lutte avec des planches de balsa par grand vent

par Olivier Lamm

Le roi pâle est le contraire d'un roman ennuyeux. Ce que DFW nous refait, les deux pieds dans sa zone de confort envers et contre tout, c'est ce vieil exercice du premier modernisme – celui de Joyce et Svevo – qui consiste à coller à la réalité en temps réel par le seul biais où elle peut exister dans un texte, c'est-à-dire vue et tordue par des esprits obsessionnels. A ce jeu-là, il reste l'athlète indépassé de sa génération. Même au tiers de sa taille prévue, miné par l'échec et l'hubris (tout porte à croire que n'importe quelle fin aurait été, à l'instar de celle de Tristram Shandy, absurde et arbitraire), Le roi pâle est resplendissant. Et la bonne nouvelle, c'est que celui qui n'a pas encore lu Infinite Jest n'a encore rien vu.

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Le top 10 de DFW

par Lazare Bruyant

David Foster Wallace était un lecteur parfois surprenant. Pour preuve, ce top 10 des livres qu'il considérait comme les meilleurs de tous les temps et qui, il faut bien l'avouer, ressemble à catalogue de cercle de lecture pour semi-remorques. 

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Le grand roman sur la violence

par Guillaume Contré

S’attardant à la fois sur la guerre civile qui a ravagé le pays dans les années quatre-vingt, époque troublée d’une guérilla sanglante entre l’état et les marxistes du Sentier Lumineux et sur la réalité contemporaine d’une violence liée aux cartels de la drogue, à la misère et à la corruption, son roman est une longue fresque convulsive et tendue, qui mêle avec talent plusieurs voix, dans une sorte de polyphonie qui chercherait à présenter le réel et l’histoire depuis autant d'angles et de points de vue sans fort heureusement tomber dans le piège d’un jugement ou d’une prise de position. Les faits, de toute façon, parlent d'eux-mêmes.

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Floraison d’un automne argentin

par Martin Hervé

Deux astres se lorgnent depuis la ligne de fuite de leur trajectoire, se croisent et puis, fatalement, génialement, se rencontrent. De cette union, de cette déflagration naît un trou noir attirant dans les rets de sa pulsion dévoratrice les faits et événements d’une vie — si intimes soient-ils. Ces deux astres, ce sont le peintre en exil Alberto Cedrón et l’un des maîtres des lettres spiralées argentines, Julio Cortázar.

 

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La magie Bethsabée

par Pierre Pigot

Voici que surgit entre nos mains, inattendu, un nouveau livre de Claude Louis-Combet, intitulé Bethsabée, au clair comme à l’obscur : une conjonction majeure, d’un lyrisme sobre et prudent, entre la sensualité des corps et des âmes que les mots transcendent, et l’univers spirituel, sacré, avec lequel l’homme et la femme, le peintre et la servante, le Maître et la maîtresse, cohabitent tout en tentant, par le pinceau et par la pose, de lui extorquer, sinon son secret (ce que l’un comme l’autre savent impossible), du moins une forme de la présence, entre ombre et lumière.

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Le Styx des mots

par Warren Lambert

Bien qu’il vous appartienne de rompre la fine membrane de papier qui retient le livre et espérer un jour percer le secret qu’il promet, S., avant toute chose, n’en demeure pas moins un objet qui s’apparente davantage à un accessoire de film, au fac-similé d’un ouvrage obscur et inconnu.

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Les graines du récit

par Matthieu Hervé

Dans son dernier roman, Rivières de la nuit, Xavier Boissel s'empare du lieu-même pour le creuser, en explorer les fissures et les contradictions, en dénoncer parfois l’ambivalence, qui établit derrière le discours humaniste une logique capitaliste cynique, une économie de la catastrophe.

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AuthorMatthieu Hervé

L’esprit de l’escalier

par Matthieu Hervé

Ariane dans le labyrinthe joue sur plusieurs voix, celle de la satire (autour du pouvoir et des médias), celle de la tragédie grinçante, souvent mêlé à une sorte de violence et de mélancolie tendre, mais surtout celle du rire, un rire éclatant simultanément hystérique et morbide, dans les douces cuisses d’une femme à demi folle ou dans les chaires avariées du Minotaure.

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Rêveries du ferrailleur en chef

par Pierre Pigot

Pacifiste convaincu et écrivain fantasque, aussi méticuleux dans sa prose qu’imprévisible dans ses idées, Paul Scheerbart, mort il y a tout juste un siècle, se mit un soir de 1907 à caresser le projet à la fois le plus improbable et le plus en phase avec l’époque tourmentée qui était la sienne : inventer un mécanisme qui puisse donner naissance au mouvement perpétuel.

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AuthorPierre Pigot

L’histoire est (bel et bien) une autre histoire

par Lazare Bruyant

Bien entendu, ni les expéditions du petit sous-marin de poche, ni les propres intentions initiales de Mercuri ne pourront fournir de réponses convenables à toutes les questions qu’elles auront fait naître en cours de route. Qu’importe, dans les meilleures pépites du monde, même les plus petites, un saut dans la foi sera toujours demandé au lecteur/spectateur. En ce qui nous concerne, ça part direct dans la Bibliothèque FFC des meilleurs livres de 2014.

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Alice ou les Reflets de la Parole

par Warren Lambert

À s’enfoncer à notre tour toujours plus avant dans la vertigineuse matière exégétique, parmi tous ces yeux qui ont scruté les moindres recoins du film, fomenté les raccords et les déductions les plus audacieux, EWS semble depuis fonctionner comme un endroit dans lequel il nous est aussi permis d’aller trop loin, de nous emballer, de nous entêter même puisque tout est susceptible d’y faire sens.

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AuthorWarren Lambert

La Bibliothèque FFC 2014

[dernière mise à jour 27 janvier 2014.]

Histoire de bien démarrer l’année, de réouvrir les vannes paré de nouveaux atours & fêter dix années de club tout aussi informelles que le panorama qui suit, le Fric Frac Club s’est dit que renouer avec la bonne vieille Bibliothèque FFC n’était pas une mauvaise idée.

En attendant Monsieur Proust

par Pierre Pigot

L’histoire littéraire n’est pas constituée que de hauts massifs de mots, dominant de leur prestige le paysage des lecteurs. Elle connaît ses vallées, ses cavernes, ses secrets que les amateurs traquent avec passion ; et même, parfois, elle est faite par des hommes ou des femmes qui n’ont jamais écrit un mot de leur vie. Tel fut le cas de Céleste Albaret.

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AuthorPierre Pigot
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Quelques remarques cruciales sur le dernier livre de Robbins

par Lazare Bruyant

Est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer pourquoi la considération oecuménique, l’odeur délicate de contestation bariolée et l’énoOorme aura d’Auteur-Contre-Culte qui suivent Tom Robbins à la trace de par le vaste monde depuis les seventies ont toujours un mal de chien à percer notre bonne vieille citadelle franchouillarde et germanopratine ?

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AuthorLazare Bruyant
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