Il y a une application pour ça


La loi de Moore avait prédit l’emballement des choses de façon assez claire, mais rien ne laissait présager que des mondes aussi courtois et traditionalistes que celui du livre et de l’écriture se verraient bouleversés par la prolifération d’innovations plus ou moins incongrues.

Après avoir isolé le gène du bestseller et lancé des festivals de Tweets à tout va, après Spine qui vous permettait de produire de courts textes en série et de les partager sur les réseaux sociaux et Coda qui plongeait l’écriture dans le bain d’un crowdsourcing de grosses feignasses, voici venir dans la série "Les nouvelles technologies nous rendent plus forts que la mort" : Hemingway !

Hemingway est une nouvelle application censée vous aider à écrire comme un gros barbu alcoolique ayant inventé le Bloody Mary, c’est-à-dire plus ou moins comme un dieu. Dans ce cas précis, on se souviendra que Dieu écrivait des phrases courtes et claires. On pourrait même aller jusqu’à dire, pour sacrifier aux abus machiavéliques venus tout droit du monde intéressant de la communication, qu’il y avait quelque chose d’IMPACTANT dans sa manière d’écrire. 

Alors Ernest, comment ça marche Hemingway ? Rien de plus simple. Il vous suffit d’aller sur le site, de copier/coller votre texte et de faire mouliner la machine. L’application va alors surligner de différentes couleurs les passages qui posent problème. Jaune et rouge pour les phrases difficiles et très difficiles à lire, bleu pour les adverbes qui envahissent votre prose etc... C’est après que les choses se compliquent : il faut réécrire. 

À ce petit jeu de rationalisation intense, des tisseurs de lianes comme Proust, Pynchon ou Ríos auraient sans doute dû changer de hobby. Comme le montre la petite expérience de Ian Crouch plusieurs des propres textes d’Hemingway-l’écrivain sont à deux doigts de passer à la trappe.

Ah ! j’allais oublier : bien entendu c’est en anglais. Personne n’a dit que c’était facile d’être Hemingway ! 


Co-fondateur du Fric-Frac Club, curateur de la Bibliothèque Sauvage du Vallon des Auffes, Lazare Bruyant construit une maison en papier crépon sur les bords de la Méditerranée. Parfois, il blogue aussi sur le Huffington Post. Vous pouvez le retrouver sur Tumblr et @LazareBruyant sur Twitter.



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AuthorLazare Bruyant