Et à la fin, Shéhérazade meurt

par Lazare Bruyant

« Je préférerais être un personnage de roman plutôt qu’une vraie personne. » Ça aurait commencé comme ça, la création de Lenore Beadsman. Une phrase lâchée, dans une fac du Massachusset, par une gentille girlfriend. Peut-être qu’elle le pensait vraiment ou alors peut-être qu’elle s’emmerdait juste assez pour le croire et, bien entendu, l’autre est tombé dessus comme un chien sur un os et ne l’a pas lâché, jusqu’à en tirer un premier bout de viande filandreux - c’est quoi la différence entre un personnage de roman et une vraie personne ? - lequel deviendra ce grand arc narratif à mille cordes, plein d’humour, de tendresse et de tristesse. La fonction du balai. Un geste d’une maturité effroyable. David Foster Wallace n’avait que 25 ans lorsque paru Broom of the System en 1987. Il venait de vivre la moitié de sa vie.

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The Great White Shark of Pain

par Olivier Lamm

Comme pour d’autres interminables mastodontes en grosses, grosses coulées de lave (JR de Gaddis, L'arc-en-ciel de la gravité de Pynchon, La famille royale de Vollmann), la lecture d’Infinte Jest s’apparente moins à un turbin industrieux auquel on revient chaque soir, chaque matin, désolé d’avance de la peine qu’on va infliger à son dendrites, qu’à une longue sieste, une longue retraite, une longue rémission de la terrible frénésie de totalité qui nous pousse à enchaîner les bouquins et les parties du monde.

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Mister Graphomane

par Olivier Lamm

DFW était autant célébré pour son écriture remarquable, son humour et ses formidables articles (pour Harper’s, Rolling Stone ou… Tennis Magazine) que critiqué pour la complaisance de ses jongleries, dont il était devenu un temps un épouvantail (en 2003, on a fait grand bruit d’une lettre de rupture envoyée à une petite amie, parce qu’elle faisait 67 pages et presque autant de notes).

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Une lutte avec des planches de balsa par grand vent

par Olivier Lamm

Le roi pâle est le contraire d'un roman ennuyeux. Ce que DFW nous refait, les deux pieds dans sa zone de confort envers et contre tout, c'est ce vieil exercice du premier modernisme – celui de Joyce et Svevo – qui consiste à coller à la réalité en temps réel par le seul biais où elle peut exister dans un texte, c'est-à-dire vue et tordue par des esprits obsessionnels. A ce jeu-là, il reste l'athlète indépassé de sa génération. Même au tiers de sa taille prévue, miné par l'échec et l'hubris (tout porte à croire que n'importe quelle fin aurait été, à l'instar de celle de Tristram Shandy, absurde et arbitraire), Le roi pâle est resplendissant. Et la bonne nouvelle, c'est que celui qui n'a pas encore lu Infinite Jest n'a encore rien vu.

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Le Styx des mots

par Warren Lambert

Bien qu’il vous appartienne de rompre la fine membrane de papier qui retient le livre et espérer un jour percer le secret qu’il promet, S., avant toute chose, n’en demeure pas moins un objet qui s’apparente davantage à un accessoire de film, au fac-similé d’un ouvrage obscur et inconnu.

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A ramble to the periphery

par Olivier Lamm

Alexander Theroux est l’un de mes auteurs préférés, toutes littératures, tous pays, toutes époques confondues. Sorte de croisement inouï entre les grands érudits britanniques (Burton, Browne), les pré-modernistes truculents (Ronald Firbank, Baron Corvo), ses collègues de chaire postmodernistes (Guy Davenport, Gass et Pynchon) et bien sur Borgès et Melville, il illustre exactement ce que Barthes entendait, je crois, par “paradis lisible”. C’est le maximaliste ultime, un collectionneur insatiable de mots rares qui concentre et emmêle tous les paradoxes de la modernité et de la postmodernité dans une oeuvre qui fait mine de ne regarder que vers le passé.

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Le paradoxe de la réversibilité absolue

par Antonio Werli

Si le livre est élaboré avec une troisième dimension physique, la lecture réelle ne risque pas moins de se faire de manière linéaire — en oscillation, certes — et d’être la seule lecture efficace : selon une méthode rigoureuse où l’on évitera de prendre trop de liberté pour ne pas déraper.
C’est là tout le paradoxe de la réversibilité absolue que propose Danielewski avec le génial O Révolutions.

Nixon, maître queutard

par François Monti

Influencé par Dostoïevski, Joyce, Beckett et Gaddis, contemporain immédiat de John Barth, John Hawkes et William Gass, contributeur régulier de McSweeney’s, cet auteur finalement peu lu est une des forces créatrices les plus importantes de la littérature américaine actuelle, une source constante d’inspiration pour ses multiples élèves.

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AuthorFrançois Monti