En attendant Monsieur Proust

par Pierre Pigot

L’histoire littéraire n’est pas constituée que de hauts massifs de mots, dominant de leur prestige le paysage des lecteurs. Elle connaît ses vallées, ses cavernes, ses secrets que les amateurs traquent avec passion ; et même, parfois, elle est faite par des hommes ou des femmes qui n’ont jamais écrit un mot de leur vie. Tel fut le cas de Céleste Albaret.

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AuthorPierre Pigot
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Quelques remarques cruciales sur le dernier livre de Robbins

par Lazare Bruyant

Est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer pourquoi la considération oecuménique, l’odeur délicate de contestation bariolée et l’énoOorme aura d’Auteur-Contre-Culte qui suivent Tom Robbins à la trace de par le vaste monde depuis les seventies ont toujours un mal de chien à percer notre bonne vieille citadelle franchouillarde et germanopratine ?

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AuthorLazare Bruyant
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Fièvre et lumière

par Matthieu Hervé

Au centre des romans de Vesaas, auteur norvégien culte, monstre, se trouve souvent un secret, à partir duquel se déploie une série d’impulsions sauvages et mystérieuses.

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AuthorMatthieu Hervé
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La petite passion du crime

par Martin Hervé

Certains entrent en littérature par effraction. C’est en tout cas la vision défendue par le poète Jean Ristat, vision procurée par la réédition du premier livre de poésie de François Esperet, Larrons.

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AuthorMartin Hervé
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Le prix salé de la nuance

par Daniel Adoue

Bienvenue dans la tête de Daniel Price, adolescent auto-centré en stade transitionnel vers l’âge adulte, rongé par la passion pour la jolie Rachel qui ne l’aime pas comme il voudrait, taraudé du soir au matin et du matin au soir par cette question essentielle : Quand allons-nous enfin baiser pour de bon ?

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AuthorDaniel Adoue
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Bons baisers du pays interdit

par Gabriela Monelle

La Guerre de Corée a créé un carrefour fantôme pour la société de l’information. Depuis les années 1950, les territoires situés au nord du 38e parallèle ont vu leurs frontières se fermer à pratiquement tous les réseaux de circulation contemporains — mais au centre de ce point aveugle de la géopolitique mondiale, une seule certitude : l’arme nucléaire.

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AuthorGabriela Monelle
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Qu’est-ce qui peut bien sauver ce livre des flammes de l’enfer ?!

par Lazare Bruyant

Des « road trip » la littérature américaine en a tout le tour du ventre. La première chose que je me suis dit en refermant Un chien dans le moteur de Charles Portis c’est que ce livre, publié en 1979, arrivait avec une bonne décennie de retard. Alors, je pose la question : qu’est-ce qui, en 2014, peut bien sauver cette énième revisite du genre ?

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AuthorLazare Bruyant
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Maestro Sada

par Antonio Werli

Une prose exceptionnelle, l’une des plus singulières, l’une des plus risquées et l’une des plus chatoyante de la langue espagnole aujourd’hui : « Il s’agissait d’un mensonge qui portait des ramifications, même si tous les ramages pouvaient devenir de plus en plus résineux, pour ne pas dire poisseux ou fielleux, à force de les triturer. »

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AuthorAntonio Werli
Categoriescritiques, V.O.

Urmuz-Dada-Surréalisme

par Matthieu Hervé

Ses textes sont difficiles à décrire, des histoires absurdes autour de personnages irréels et grotesques. On s’attache alors aux signes d’une activité abstraite, insensée, construite autour d’un minimum d’éléments concrets mais qui déjà s’emboîtent mal entre eux, et qui définissent quelques rêves pleins d’innocence et d’humour.

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AuthorMatthieu Hervé
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TagsUrmuz

Je rate, tu rates, il arlt.

par Antonio Werli

Ce cours texte délicieusement anachronique, qu’on croirait tout droit sorti du cœur d’un XIXe siècle désenchanté et maniéré, tant par ses préoccupations que par son style, met en scène un jeune écrivain qui a perdu inspiration et foi dans la littérature après un premier succès. Une sorte de dépression post-partum littéraire. 

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AuthorAntonio Werli
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Les cowboys aussi éditent des livres pour enfants


Si "rien ne saurait surprendre un Américain" selon les mots de Jules Verne, il est crucial de ne pas perdre de vu que les Américains, eux, ne cesseront jamais de nous surprendre. Surtout lorsque la créativité débordante et l'esprit d'entreprise qui caractérisent ce peuple élu de Dieu s'expriment dans les recoins les plus inattendus. Dernier exemple en date: l'accouplement (assez étrange) du fameux et trois fois sacro-saint second amendement (celui qui inscrit le droit à la possession d'armes dans la constitution américaine) et les livres pour enfants. Attention les yeux, ça pique.

Never Forget 9/11. The kid's book of freedom et The True Face of Evil - Terror sont deux livres de coloriage anti-islamiques qui veulent faire briller la flamme patriotique et "viens-pas-m'enquiquiner-sinon-je-serai-obligé-d'apporter-la-démocratie-dans-ton-pays", d'une Amérique dont une bonne partie n'a toujours pas digéré l'arrivée à la Maison-Blanche d'un noir hawaïen portant un nom Swahili. "Nos livres disent la vérité, ils la disent souvent et surtout ils la disent aux enfants." déclare Wayne Bell, fondateur de Really Big Coloring Books, une maison d'édition qui a des idées à gogo. Ces derniers jours, elle a ajouté à son catalogue quelques chouettes pages sur l'État Islamique en Irak. Ainsi, il est désormais possible de colorier (sans dépasser) le cadavre d'un juif ou d'un chrétien crucifié par des terroristes. En matière de créativité certains ne transigent pas. "Sky is the limit". Bell, qui avait déjà frappé un grand coup avec un bouquin sur les "super héros" de la Bible, a bien essayé de convaincre le ministère de l'éducation américain d'incorporer ses livres de coloriage au programme public, mais sans succès... Il interroge tout de même: "Qu'allez-vous faire lorsque les terroristes viendront pour vous?"

Brian Jeff et Nathan Nephew ont une réponse assez simple à cette question: porter un flingue et le faire savoir. C'est ce qu'outre-Atlantique on appelle l'open-carry (par opposition aux petits timides qui portent leur arme dissimulée dans un holster ou sous une veste). Ce mouvement cowboy comme jamais veut désormais faire entendre ses arguments à la jeunesse américaine.
"Avant d'écrire ce livre nous avons cherché des ouvrages pro-armes pour les enfants et nous n'avons rien trouvé !" racontent Jeff et Nephew. "Nous voulions refléter ce que pense la majorité des Américains. L'autodéfense est un droit naturel basique et les armes sont le meilleur moyen d'y parvenir." De fait My parents open-carry est un livre indispensable et plein de bonne humeur. #AhAh.

Brenna Strong a 13 ans et ses parents portent tous les deux une arme à la ceinture. La petite famille passe son samedi à se balader dans un centre commercial lorsque SOUDAINPATATRAS! des ados curieux viennent poser des questions à papa et maman Strong sur ces armes exhibées si ouvertement. "C'est une bonne question" répond papa Strong qui en a vu d'autres. "Il y a plusieurs raisons à cela. Porter son arme ouvertement prévient le crime, c'est plus facile pour dégainer et bien plus confortable en été lorsqu'on s'habille légèrement. Cela permet aussi aux propriétaires d'armes de sortir du placard et de montrer à tout le monde que ce sont des gens bien."

Il y aura toujours des optimistes pour vous dire que cela fait vendre des livres... C'est sûr. Et puis, autre pays, autres mœurs comme on dit. Les Américains sont vraiment surprenants, mais la question qu'on devrait plutôt se poser c'est: pourquoi cela ne cesse-t-il pas de nous surprendre?


par Lazare Bruyant

Co-fondateur du Fric-Frac Club, curateur de la Bibliothèque Sauvage du Vallon des Auffes, Lazare Bruyant écrit toutes ses chroniques en écoutant "Spiked" de Spike Jones et écrit des explicit lyrics pour les hipsters du VIe en lisant les livres de guerre de Kissinger. C'est pour ça. Vous pouvez le retrouver sur Instagram et Twitter, c'est jamais vulgaire.

 

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AuthorLazare Bruyant

Le rire glacé du masque

par Martin Hervé

Malade de la mort et relégué du monde des lettres, André de Richaud, sur le seuil de la disparition, ne perdit pourtant pas son mordant et s’évertua à interpeller une ultime fois l’improbable lecteur avec ce texte écrit sur les prières répétées de l’éditeur Robert Morel en 1965 : Je ne suis pas mort. Trois ans plus tard, le moine ne trouva pas la grâce mais cette ombre qu’il savait depuis toujours à l’affût. N’est pas arpenteur du pandémonium de l’inconscient, folie ou stridente nuit du fantasme, celui qui n’a pas une petite idée de l’envers du décor.

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AuthorMartin Hervé
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Grand ratage

par Olivier Lamm

« …et si le Postmodernisme, cette discipline des lettres américaines qu’une majorité de détracteurs n’a cessée de dénoncer comme absconse et non-avenue, était effectivement rattrapée par un Temps (celui de Scream, de Community, de la métafiction généralisée, de l’ironie partout sur Internet et à la télé) qui l’aurait rendu superflu ? »

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Josipovici ou l’auteur des auteurs

par Pierre Pigot

Arrivant en France à contre-courant absolu de toutes les tendances littéraires actuelles de ce pays, les Goldberg : Variations de Gabriel Josipovici transportent en contrebande avec elles l’infatigable survivance de cette puissance, où sous le masque de l’allusion musicale et le clavier des variations, scintille l’irrépressible séduction de ce que l’écrivain peut tramer, ourdir, marteler, machiner, tricoter, pianoter, lorsqu’il s’empare, avec une allégresse à la légèreté feinte, des vastes matériaux de ce monde contemporain qui autrefois était la somme céleste de toutes les histoires.

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AuthorPierre Pigot
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L’anniversaire du magicien noir

par Pierre Pigot

Célébrant aujourd’hui son quatre-vingt-dixième anniversaire, William Gass semble plus que jamais être, non pas un de ces titans des lettres américaines dont les adieux deviennent parfois pénibles, mais au contraire un de ces infatigables artisans qui à chaque projet remettent sur le métier le dictionnaire de leur nation, et contribuent davantage à la gloire de celle-ci que tout ce que les livres d’histoire ou d’économie pourront engranger dans leur caisse enregistreuse.

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Du surréalisme à froid

par Matthieu Hervé

L’écriture de Blecher est directement liée à son expérience, à son approche de la réalité. Il écrit pour rechercher, arracher une sorte de voile qui dissimulerait une réalité plus intense. Le journal de ses aventures s’ouvre sur ces réflexions : le narrateur fixe un point sur un mur, et à force de l’observer il se sent tout à fait étranger à lui-même, devient un être abstrait.

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AuthorMatthieu Hervé
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Retour au pays des voix

par Pierre Pigot

Jamais une innovation n’a laissé Walter Benjamin indifférent : la répulsion heidegerienne face à l’âge de la technique n’était pas sa tasse de café parisien, et qu’il s’agisse de la radio, du cinéma, ou de la photographie, autrement dit de tout ce qui modifiait les régimes de perception esthétiques, il se plaçait toujours sur leur chemin avec une extraordinaire gourmandise légèrement ombrée de scepticisme.

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AuthorPierre Pigot
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