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Foire du livre, version off

vendredi 29 février 2008, par François Monti

Du 5 au 9 Mars prochain aura lieu la Foire du livre de Bruxelles. Le choix du mot foire plutôt que salon résume assez bien la différence entre les réjouissances bruxelloises et parisiennes de la semaine suivante : les gros éditeurs se contrefoutent de la Foire, aucune exclusivité, pratiquement aucun auteur de renom ou de talent véritable, l’évènement est en fait un non-évènement, sorte de gigantesque marché du livre à entrée payante où les libraires viennent refourguer les gros titres des deux derniers mois ainsi que leurs éternels invendus. Devant ce spectacle chaque année plus affligeant, on s’attendrait à ce que les petits éditeurs, les indépendants, les défricheurs soient accueillis à bras ouverts dans l’espoir qu’ils redynamisent l’insignifiante kermesse. Il n’en est rien. Après un die-in organisé à la Foire de l’an dernier et une lettre ouverte publiée par la suite dans la Libre Belgique, le dialogue n’ayant jamais été vraiment amorcé, un groupe de petits éditeur a pris la décision d’organiser une Foire « off » à cinq cent mètres de l’officielle. Prenant mon courage à deux mains, non sans sortir armé, je m’en suis allé rendre visite (par e-mail, pas fou !) à ces dangereux fauteurs de troubles (les médias ont compris qu’il ne fallait pas leur parler, la police les emmerde déjà) pour poser quelques questions à Xavier Löwenthal, maître d’œuvre des éditions Cinquième Couche et une des chevilles ouvrières de cet off.

A la suite de votre manifestation à la foire du livre 2007 et de votre lettre ouverte, vous dites n’avoir pas reçu de réponse officielle de l’organisation, mais avez-vous eu vent d’une réaction quelconque, l’écho d’une attitude envers vous avant même la mise en place du off ?

Oui. Des réactions informelles. De soutien de la part du ministère (en la personne de Fadila Laanan), des réactions d’énervement ou d’agacement de la part des libraires, qui ont mal interprété nos paroles (comme souvent dans ce cas, on blesse les personnes qu’on ne vise pas, et les bons libraires se sont offusqués). Un rayon "littérature belge" est soudainement apparu à la fnac de Bruxelles, avec des livres belges mais pas ceux des signataires des 9 lettres ouvertes. Ce rayon n’a tenu que quelques semaines. Aucune réaction des bibliothécaires, ni de la poste, pas de véritable réaction de la Foire du Livre. Peu d’échos dans la presse (hormis la Libre qui a publié les 9 lettres, intégralement, et un entrefilet dans Le Soir. Th. Bellefroid a joué le jeu pour son émission "Mille Feuilles"). Des réactions amusées, étonnées, de la part du public, qui n’est pas vraiment informé de la situation de l’édition. On est quand même parvenu à faire tomber quelques masques bienséants et triomphalistes, lors d’enregistrement d’émissions : non, l’édition ne va pas bien. On vend de plus en plus de livres, peut-être, mais quels livres ? Les éditeurs se meurent, et les auteurs avec eux.

Ce qui m’a frappé lors de mes visites à la foire les années précédentes, c’est l’affligeante indigence de l’ensemble. Les grands éditeurs parisiens ne font manifestement aucun effort pour Bruxelles, et ça se voit. Dans ce contexte, on pourrait penser que les éditeurs indépendants obtiendraient une place de choix pour dynamiser l’évènement. Pourquoi pensez-vous que ce n’est pas le cas ?

Pour des questions d’argent. La "foire" est un événement commercial. C’est d’ailleurs notre principal grief à l’encontre de la Foire du Livre "In". Elle ressemble à une gigantesque Fnac, avec des têtes de gondole, etc. Pas suffisamment importante pour que les éditeurs parisiens s’y déplacent, à quelques jours du Salon de Paris. Ils choisissent donc de se faire représenter par des libraires. C’est une pratique courante. (Et d’ailleurs, les libraires font ça très bien, ranger les livres en pile et les vendre. C’est un métier, et ce n’est pas celui de l’éditeur. De ce fait, il n’y a pas de réelle différence un stand et une librairie : mêmes choix, mêmes piles, même mise en avant des best-sellers. Le stand est même plus pauvre, puisqu’il présente un seul éditeur.) Les petits éditeurs n’ont pas les moyens de louer de la surface commerciale. Ils ne sont pas suffisamment connus pour drainer le nombreux public familial attendu par les organisateurs. On ne prête qu’aux riches. C’est une question de choix stratégiques, de positionnement. Pour La Foire du Livre, les petits éditeurs sont un élément du marché éditorial : de l’animation socioculturelle. Cette organisation spectaculaire marchande, cette entreprise de divertissement culturel ne pourrait pas s’en sortir, financièrement, en représentant véritablement l’édition dans toutes ses composantes. Alors ils font des "efforts" : des allées latérales sont proposées aux petits éditeurs à des tarifs préférentiels. On propose au public des "animations", des débats, des rencontres, des signatures, et même un peu de performances. Ces services sont souvent fournis par les petits éditeurs, bénévolement. Des clowns au Carrefour, le samedi après-midi, pour les enfants des clients. Ça leur donne un peu de visibilité.

J’ai lu ici ou là que les organisateurs de la Foire commencent à prendre le Off tellement au sérieux qu’il y aurait des lettres comminatoires envoyées aux rédactions des grands médias, des mails peu sympathiques dans vos boîtes voire même des manœuvres du côté de la commune. Sans dévoiler des détails que vous voulez peut-être garder pour vous, pouvez-vous confirmer ces manœuvres et leur nature ? Puisque les indépendants importaient peu aux organisateurs de la foire, à quoi est due, selon vous, cette attitude ?

Elle est incompréhensible. Je connais les arguments d’Anna Garcia (commissaire générale de la foire du livre, ndffc) : elle nous aurait tendu la main. Elle nous aurait offert 600 m² au sein de la Foire pour notre Off. Mais la direction de la foire a mis six mois à nous inviter à discuter, suite à une newsletter de Patrick Lowie qui menaçait de créer un Off. Et il n’était pas question que nous vendions des livres... Nous aurions été des prestataires de service bénévoles... Il y a un gouffre culturel, entre le In et le Off, mais qui témoigne aussi d’une diversité et d’une vitalité. Comme nous regrettons la confusion des genres, nous n’allions pas l’augmenter encore, en faisant le off dans le in. Nous avons donc refusé, poliment. En outre, nous voulions la gratuité, et afficher une toute autre culture du livre, de l’édition, de la création, davantage inscrite dans les pratiques contemporaines. Nous risquions de drainer un public dérangeant pour le In, qui aurait sali la moquette. Qu’irait faire un punk avec son chien muselé dans les rayons de Larcier ? Les éditeurs "traditionnels" sont heureux de la foire comme elle est. C’est normal. Le off et le in peuvent coexister pacifiquement. Mais le in semble pris de panique. C’est incompréhensible. C’est Goliath qui panique devant David, alors que David n’a aucune intention méchante. Donc, en effet, nous subissons des chicanes administratives, des acteurs de la scène littéraire sont plus ou moins sommés de choisir leur camp, sont pris dans des conflits de loyauté ou d’intérêt. Des lettres nous parviennent, insultantes. C’est très amusant. On nous donne énormément d’importance. Tout cela est réjouissant.

Quels sont les objectifs de cette foire Off ? On dirait qu’une sorte de « plateforme » se met sur pied pour l’occasion, comptez-vous continuer après la foire ? Pour d’autres types de manifestations ?

Nous verrons l’après, après. Mettre sur pied un Off en six mois, c’était une folie. Il aura lieu. Comme dans toute création, nous ne pouvons pas connaître à l’avance le résultat. Nous envisageons vraiment les choses comme œuvre d’art, la fabrication de livres, l’édition et l’organisation de ce off. L’objectif a toujours été de présenter de l’édition une image plus juste que celle qui est présentée au in. Ce n’est pas lisse, l’édition. C’est plein d’aspérités. C’est vivant. Il fallait commencer par un die-in.

Concrètement, comment s’organisera ce off ? Que s’y passera-t-il ?

Le plus simple est de jeter un coup d’œil au site. Il y aura une seule librairie. Pas de stand avec de pauvres éditeurs coincés entre une table et un mur. Il y aura des projections, des performances, des concerts, des jams, du slam, de la bière, et des livres partout. Des rencontres, des discussions... On démarre par une procession du livre, mardi prochain, le 4, rendez-vous à 17h place de la Monnaie. On se rendra en cortège jusqu’au Off.


Le Off 2008, du cinq au neuf mars 2008, de midi à minuit. Soirée d’ouverture : le quatre mars. Le Off se déroule à l’Escaut, 60, rue de l’Escaut – 1080 Bruxelles. Les éditeurs participant. Le programme.

On ira y boire des bières et sans doute y acheter du papier.

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