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De quoi Sarkozy est-il le nom ?

Alain Badiou - De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Nouvelles Editions Lignes)

dimanche 28 octobre 2007, par Antonio Werli

De quoi Sarkozy est-il le nom ? A cette question se propose de répondre le philosophe Alain Badiou dans l’ouvrage paru ces jours-ci aux Nouvelles Editions Lignes.

Reprenant en partie des séminaires de l’année en cours donnés à l’Ecole Normale Supérieure, ainsi que des projets d’articles pour la presse, Badiou tente de gratter la croute sur le nom Sarkozy, et de dévoiler ce qu’elle cache. C’est à mon sens réussi. Alain Badiou effectue des constats justes et qui permettent de mettre en ordre des intuitions et des idées qu’en tout état de cause on ne prend pas le temps d’élaborer au quotidien, et dont on a plaisir à traquer les formulations, si possible solides (et quand je dis "on", on peut bien sûr lire "je"). Voyons ce que dit Badiou, dans l’ordre à neuf parties de son livre.

Tout d’abord, Badiou définit l’appareil électoral de notre démocratie représentative comme une opération vide de sens politique, sinon comme entretenant simplement, par le biais d’une double dialectique de la peur, un éloignement significatif au réel, en particulier pour ces élections présidentielles de mai 2007. A droite : la peur de la guerre, à gauche : la peur de la peur de la guerre. Face à cette désorientation organisée, il est nécessaire de rejeter affirmativement cette illusion qu’est le vote comme opération d’un choix véritable. Il faut réinvestir le réel : "trouver ailleurs le principe d’une orientation de la pensée et de l’existence". Il faut, selon lui, ne pas céder à l’illusion : ne pas voter.
Par ailleurs, ces peurs sont cristallisées à partir de ce que Badiou appelle le pétainisme. Nous y reviendrons.

Bien entendu, il y a eu vote, et le résultat pèse sur les épaules. Badiou expose trois éléments afin de comprendre ce poids soudain, ce coup porté.
Un premier élément pulsionnel, la peur comme discours du pouvoir ; un deuxième nostalgique, "un vieux monde s’écroule" comme moteur de la désorientation ; un troisième élément, l’impuissance comme "dimension intrinsèque de la démocratie électorale" et j’ajouterai, paradoxale.
"Tout le monde voit que la démocratie électorale n’est pas un espace de choix réel, mais quelque chose qui enregistre, comme une sismographie passive, des dispositions qui sont tout à fait étrangères au vouloir éclairé, qui n’ont rien à voir avec la représentation qu’une pensée réelle peut avoir des objectifs que la volonté poursuit." Quelques exemples viennent étayer cette proposition, dont les rappels des arrivées de Pétain ou Hitler au pouvoir.
De l’impuissance à l’impossible, Badiou propose de suivre Lacan : transformer l’impuissance du possible en impossible, trouer la réalité, réaliser formellement des exceptions, tenir ce point qui est vôtre, coûte que coûte. En somme, si je ne me mélange pas trop les pinceaux, être une singularité effective et ferme au sein du monde.

Badiou fait ensuite la proposition de points à tenir, "dans le monde dont Sarkozy est l’emblême", qui ne sont "ni un programme, ni une liste, mais une table des possibles, abstraite et incomplète." Ces points sont sans surprise des thèmes d’une importance capitale dont on aura peu entendu parler lors de la campagne présidentielle : revaloriser les ouvriers, particulièrement ceux de provenances étrangères ; considérer que l’art et la création n’ont rien à voir avec le commerce ; de même que la science ; réinventer l’amour ; réhumaniser le domaine de la santé ; considérer toute politique d’émancipation comme supérieure à une nécéssité de gestion ; enlever les médias des mains de marchands d’armes ; "il y a un seul monde".
Badiou argumente, mais on se demande si ce n’est pas pour un prêche de convertis. Enfin, l’essentiel selon lui, c’est tenir. Il a raison, certainement.

"Il y a un seul monde." C’est son dernier point qu’il développe plus longuement dans une partie qui y est entièrement consacrée. Il est une nécessité de voir et savoir notre monde comme un seul monde. Il est nécessaire d’affirmer cette évidence. A quelles fins ? Pour s’opposer, entre autre, à la construction de nouveaux murs physiques et culturels et aux phénomènes de plus en plus fréquents d’exlusions. Ce point répond à la première partie du livre : la peur divise le monde en deux, moi et l’exclu, moi et le pauvre, moi et l’étranger. L’Autre chez Moi. Pour affirmer "il y a un seul monde", il faut en somme accepter l’étranger comme soi-même, combattre la peur à l’aide de "la vertu cruciale du moment : le courage."

Le courage, donc, c’est l’énergie qui sert à tenir le point singulier dans la réalité. C’est un temps différent du temps de la loi du monde. Sans cela, impossible de franchir le cap dépressif, impossible de conjurer la peur. Face au coup porté global, il y a la nécessité d’un courage local, afin de trouer une disposition globale dont Sarkozy est le nom.

Et cette disposition : le pétainisme. Préférer se protéger de la guerre plutôt que de la regarder dans les yeux. Si Pétain en est la figure paroxystique, le pétainisme commence en France en 1815 avec la Restauration, et Sarkozy en est aujourd’hui aussi un masque possible. Badiou annonce que le "pétainisme" est le transcendantal de la France, source magistrale de la désorientation des consciences. "Je propose de dire que "pétainiste" est le transcendantal, en France, des formes étatiques et catastrophiques de la désorientation." Il définit le pétainisme par les dépressions historiques que la France a traversé au cours de son histoire récente - je ne ferai une fois de plus pas le décompte des arguments, - et réussit à appliquer cette définition à Sarkozy, "qui relève du transcendantal pétainiste."

Un chapitre ensuite, sur l’idée de "l’incorruptible". "Que va-t-il se passer ensuite avec ce pétainisme soft ?" Dans une politique où tout est affaire, il est nécessaire pour Badiou de penser cette notion de corruption qui est au coeur du fonctionnement politique actuel. Tous pourris, certes, mais on le sait depuis pas mal de temps. (Tout le souci c’est qu’il ne suffit pas de ne pas en vouloir pour ne pas les avoir.)

Dans les deux parties qui closent le livre, il est question de savoir si une forme politique existe pour laquelle il serait possible d’opter en échange du capitalisme rutilent qui définit nos existences sans consistance : le communisme serait l’option émancipatrice. Bien sur, Badiou ne parle pas d’un communisme vécu (on sait trop bien comment ce mot est connoté), mais tente de resourcer le mot, parle d’un schème intellectuel, "d’une Idée, pour parler comme Kant, dont la fonction est régulatrice, non d’un programme."
"Le communisme est la bonne hypothèse." Il en fait ensuite le détail intellectuel et historique pour avertir à cette nouvelle expérimentation du communisme qu’il sera nécessaire de réaliser, car il n’est pas possible d’en rester à l’hypothèse, après cette séquence historique intervallaire où domine l’ennemi, capitaliste, plus particlièrement en France : sarkozyen.

En somme. Alain Badiou croit toujours à la Révolution et attend l’évènement. Il exhorte à la fin du livre à se préparer et s’atteler à une tâche "exaltante" : assurer l’existence nouvelle de l’hypothèse communiste.

Si son analyse du sarkozysme me semble juste, si pour de nombreuses raisons, les temps qui courent me semble absolument ombrageux, comme à lui et dans les mêmes manières que les siennes, je ne peux juger effectivement les prises de positions du philosophe. Je n’ai ni le recul référenciel, ni assez de temps d’analyse pour prendre position pour, contre ou en réserves. Je préfère me laisser porter et nourrir par lui, dans l’immédiat, continuer à réfléchir à cette "hypothèse communiste", sans savoir s’il me faudra y croire comme de l’unique hypothèse recevable.
Néanmoins, ce livre est intelligent et pertinent. Engagé. Une lecture importante, comme l’ont été les lectures relativement récentes (dans l’année qui vient de passer) de L’insurrection qui vient du Comité invisible (Ed. La Fabrique), dont je trouve ici de nombreux motifs, bien que le livre de Badiou soit plus sage (Le comité invisible exhorte à l’insurrection et la création immédiate de nouvelles communes ; plus impuslif que Badiou, il est temps pour la révolution) ou de LQR de Eric Hazan (Ed. Raison d’Agir) qui fait aussi de beaux parallèles de fonctionnement entre notre temps politique contemporain et celui du IIIème Reich allemand par exemple, par le biais du langage technico-politico-médiatique. A ce propos, très prochaine lecture de son dernier essai qui traite aussi de Sarkozy et de ses cent premiers jours d’investiture : Changement de propriétaire, la guerre civile continue (Ed. Seuil).

On aura trouvé Alain Badiou à la télé jeudi soir sur France3 dans "Ce soir ou jamais". Heureusement pour ceux comme moi qui n’ont pas la chance d’avoir de petit écran : l’émission est en libre diffusion sur http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr.


C’est que les derniers romans commencés me tombent des mains. Il y a des cycles pas que pour la révolution.

Commentaires


Tout cela a l’air intéressant, bien qu’excessif. Je ne peux ici dire ce que je pense de Sarkosy pour des raisons de place. S. me semble être avant tout un symptome de la déspiritualisation du monde moderne et S. joue avec cela très intelligemment. Il y a un manque de sens, chacun est abandonné à lui-même et le but est de s’en tirer. Dès lors, l’autre fait peur, il me faut la sécurité. On en est là à cause d’une déficience de pensée qui se retrouve dans la perte de sens du langage. Quelques exemples : quand on parle d’otages à propos de ceux qui ne peuvent, en raison d’un grève, prendre le train ou l’avion, il y a un dangereux abus de langage. Etre otage en Irak ou sur un quai de gare, ça n’a rien à voir. Idem avec S. et son ouverture. A l’heure où la gauche est déconfite, qu’elle est en délicatesse avec sa propre idéologie, on assiste à une confusion qui amène à penser, qu’effectivement, droite et gauche, c’est bien la même chose. Cela va se renforcer puisque S. est, paraît-il, en train de créer avec ses dissidents du PS un parti de gauche ! Dès lors, les mots n’auront plus de sens. Pour comprendre ce qui se passe, il me semble qu’il faut en revenir à Tocqueville. Il y a (notamment) une très belle analyse qui montre que la démocratie risque de devenir une nouvelle forme de totalitarisme et cela sera rendu possible par l’abêtissement des gens qui ne penseront plus qu’à leur sécurité.
Commentaire n° 1 posté par Bartleby le 29/10/2007 à 08h02

Deux, trois remarques et une question. Je n’ai pas voté aux trois précédentes élections et ne voterai probablement plus parce que, effectivement, il s’agit d’une illusion. Là s’arrête mon accord avec Badiou. Il y a quelque chose d’ironique lorsqu’il évoque Pétain et Hitler. Premièrement, ces comparaisons pour qui a un tant soit peu étudié les régimes cités, ne tient pas debout. Même pas vaguement. Ensuite, et c’est là le principal, critiquer la démocratie qui nous donne Hitler et Sarkozy, ça tombe un peu à plat quand on défend par ailleurs la révolution qui nous donne Staline et Mao. Chaque fois que j’entends Badiou critiquer (à juste titre parfois) le monde politique actuel, je ne peux m’empêcher de me rappeler son enthousiasme pour la révolution culturelle. Mieux vaut être un artiste malien sans papier sous Sarko qu’un bête lecteur dans le pays des merveilles maoïstes où Badiou aimerait tant nous voir vivre. L’africain, au moins, survivra. Par ailleurs, et sans vouloir pinailler, il nous dit donc que le pétainisme commence en 1815 avec la restauration ? mais qu’est-ce à dire ? Que se passait-il avant cette date ? Vingt ans de campagne de Napoléon (on sent encore l’odeur des cadavres en décomposition) et la terreur. Est-on vraiment certain de préférer ce monde-là ? En ce qui concerne le communisme, quand et où a-t-il été vraiment, durablement émancipateur ? Peut-il seulement l’être ? Enfin, une question, et elle est honnête : lorsqu’il dit qu’il faut "considérer que l’art et la création n’ont rien à voir avec le commerce", veut-il évoquer une époque passée où c’était le cas - et alors je voudrais franchement bien savoir laquelle - ou une situation idéale à venir ? Si la réponse est la deuxième proposition, sous quelles modalités ?
Commentaire n° 2 posté par fausto le 29/10/2007 à 20h26

anarchie ! Elle au moins existe et depuis longtemps sur cet terre pour le bonheur des peuples qui la pratiquent. Les sociétés segmentaires vivent en harmonie même si elles sont fragilisées ces temps derniers mais qui ne l’est pas ? Comment peut-on croire un système qui dit donner la parole et le droit de décider de son sort au peuple mais uniquement par l’intermédiaire d’un chef intouchable et tout puissant... Un chef ! Et en plus il faut l’élire ! Le poser dans nos ors ! Non vraiment cessons les enfantillages ! Un ami, le fils du grand patron d’une grande banque française, m’a dit un jour avoir été élevé par sa mère avec cette phrase comme leitmotif "n’oublie jamais que ceux qui ne sont pas de la grande bourgeoisie te sont inférieurs !", au soir du 10 mai 1981 son père a commencé à fermer la porte du garage de leur maison au vésinet, de peur que les communistes de Nanterre ne viennent pour les pendrent et tout leur prendre... Le conflit soit-disant larvé des classes sociales est beaucoup plus clair d’un côté que de l’autre ! la démocratie... C’est juste un peu d’humour noir et beaucoup de cynisme !
Commentaire n° 3 posté par Mica le 29/10/2007 à 21h34

Bartleby : On peut dire que Badiou est quelque peu excessif (c’est exactement le mot employé par un ami hier alors qu’on en discutait !). D’accord avec toi sur cette question du langage, et je ne peux que rappeler, encore une fois, l’ouvrage de Hazan, "LQR" qui en fait une analyse vraiment très intéressante. Badiou en parle aussi un peu dans son livre, mais pas aussi franchement qu’il serait nécessaire. Pour exemple : en conséquence de ces trasnfuges quittant le navire de gauche à droite, Badiou nomme Sarkozy tout du long : "l’homme aux rats". Cette confusion des "sens", il la développe dans la notion de désorientation des consciences. Néanmoins, j’en reviens à la pertinence de Hazan à ce sujet. Fausto : "Je ne suis pas en train de dire que les circonstances ressemblent à la défaite de 1940, et que Sarkozy ressemble à Pétain. Pas du tout. Je dis que la subjectivité de masse qui porte Sarkozy au pouvoir, et soutient son action, trouve ses racines inconscientes, historico-nationales, dans le pétainisme." Badiou sait qu’il joue avec le feu. Il faut lire ce chapitre en entier pour bien saisir que le pétainisme comme il l’utilise n’est pas une idéologie mais un concept qu’il applique à ce qu’il appelle le transcendental ("quelque chose qui, sans apparaître à la surface (d’où que notre situation ne "ressemble" pas à la séquence du règne de Pétain) configure, donne la loi et son ordre, à une disposition collective.") de la France. Il faut être vigilant et ne pas faire de lecture légère de ce chapitre. Le dispositif pétainiste se décompose en plusieurs éléments, et la situation actuelle semble y répondre (bien sûr, à ce point là, il se permet d’user aussi d’analogies) : 1. capitulation et servilité : la campagne de Sarkozy basée sur la "rupture" cache en fait une capitulation et une soumission face à l’ordre capitalistique mondial. Ordre intérieur régi par les financiers et banquiers et ordre extérieur par l’armée américaine. Renversement de sens. 2. le motif de la "crise", "crise morale" : la politique mise en oeuvre est là pour "redresser" la nation, jouant d’une dialectique moralisatrice, quasi-manichéenne. C’est la faute des gouvernés, il faut y remédier. D’où par exemple un état policier. 3. "la fonction paradigmatique des expériences étrangère". Chez l’autre c’est mieux, ça marche, alors on fait pareil. 4. la propagande s’agissant de dire qu’il s’est passé il y a peu quelque chose de néfaste : Sarkozy s’en est pris à Mai 68, Pétain au front populaire, "les pétainistes de la Restauration en 1815" à "la Révolution, la Terreur, la décapitation du roi. 5. l’élément racialiste : pas besoin que je résume. Ainsi Badiou définit-il le "pétainisme", ce n’est donc pas aussi simple que cela. Il faut aussi accepter dans son livre que le communisme est une hypothèse, une idée, et qu’il est nécessaire d’expérimenter nouvellement ce "schème intellectuel", ce concept si je peux dire, qu’il considère effectivement comme seul moyen émancipateur. Bien entendu, comme tu le dis, l’histoire nous a plutôt donné de terrifiants contre-exemples. Donc, lui affirme, mais je préfère comme toi soulever la question : peut-il seulement l’être ? Sur le dernier point, Fausto, c’est ma phrase pensant résumer la question, et je me rends compte que ce n’est pas tout à fait la même chose. Je te donne la sienne : "L’art comme création, quelles que soient son époque et sa nationalité, est supérieur à la culture comme consommation, si contemporaine soit-elle." C’est un peu plus clair comme cela. En somme, il faudrait conserver une verticalité culturelle contre une horizontalité commerciale. Néanmoins, pas de programme de sa part. Ces points sont uniquement des propositions à tenir, il faut inventer les modalités. J’espère que ça répond aux questions et remarques. Je n’ai pas vraiment parlé de la manière dont le livre est écrit, si ce n’est en disant que ce sont en partie des séminaires et articles agencés. Le ton est vif, impulsif, pamphlétaire. On pourra donc aussi y trouver des lacunes, principalement dans le développement de certains idées qu’on voudrait voir pousser plus intensément. Et puis, la grande question de ce livre est pour le lecteur, pas tant la dénonciation, l’observation et la critique d’une situation politique donnée (quoique c’est éminement important qu’un intellectuel français de ce gabarit s’interroge et diffuse) mais quelles en sont les propositions concrètes : ici, une idée du communisme à experimenter d’urgence dans notre XXIème siècle naissant. Plus que le reste (pétainisme, Sarkozy, révolution...), ce serait de cela qu’il faudrait à mes yeux débattre. Mica : je n’ai pas du tout le temps de te répondre, je reprends le clavier ce soir.
Commentaire n° 4 posté par a.w. le 30/10/2007 à 13h53

Plus du tout, je veux dire, hein.
Commentaire n° 5 posté par a.w. le 30/10/2007 à 13h54

Mica : Sûr qu’un régime monarchique, totalitaire, absolutiste n’est certainement pas une bonne solution. Et la volonté de puissance de notre bon Sarkozy est sans limite, aujourd’hui encore l’information le prouve avec l’annonce de son salaire augmenté de 140% et le renforcement des pouvoirs présidentiels (à quoi sert le premier ministre, au fait ? on va l’oublier d’ici peu de temps je pense, ainsi que le parlement...). Mais bon, l’anarchie, c’est le foutoire quand même. C’est vraiment utopiste, (bien plus encore que le socialisme, ou disons le communisme comme l’appelle Badiou, ou n’importe quel système politique au bout du compte) de croire qu’en pratique ça marche. L’anarchie, à mon avis, c’est surtout le bordel, et ça aide pas beaucoup à l’émancipation. C’est au final aussi la loi du plus fort...
Commentaire n° 6 posté par a.w. le 30/10/2007 à 21h38

"Tout le monde voit que la démocratie électorale n’est pas un espace de choix réel, mais quelque chose qui enregistre, comme une sismographie passive, des dispositions qui sont tout à fait étrangères au vouloir éclairé, qui n’ont rien à voir avec la représentation qu’une pensée réelle peut avoir des objectifs que la volonté poursuit",dit Badiou. Explique-t-il comment une volonté politique peut-être effective, chercher à réaliser une intention sinon un idéal, sans être la "pensée réelle" d’un autoritaire ? La pensée n’appartient pas aux masses, donc l’action volontaire appartient à l’individu. C’est moi ou ça sent le mythe du philosophe roi ? ou celui du despote éclairé ? ou alors de la masse qui s’avance comme un seul homme et accomplit sa volonté profonde : faire le bien, par exemple, ou prendre l’argent des riches pour le donner aux pauvres (ce qui supposeraient que les riches acceptent de participer aux efforts de tous, sous peine d’amputer l’espace politique). Il parle du "transcendantal" comme de ce qui structure le réel. Cedendant ce transcendantal (c’est commode) est caché derrière l’apparence. Est-ce qu’on ne pourrait penser qu’on pourrait dire quasiment n’importe quoi de ce "transcendantal" ? On pourrait par exemple prendre le contrepied de la théorie de Badiou, sans risque de réfutation puisqu’il parle de quelque chose de caché derrière les "apparences", pour ne pas dire de rien, ou d’une production de son imagination, ce qui serait vraiment excessif.
Commentaire n° 7 posté par Untel le 31/10/2007 à 10h40

Dans le déroulement de son raisonnement, il explique cela ("comment une volonté politique peut être effective") de manière théorique en proposant de "tenir le point" (troisième partie du livre) et puis concrètement avec les propositions données. Néanmoins, on a effectivement du mal à voir comment concrètement à l’échelle d’une nation, sans passer par les élections et surtout une distribution classique du pouvoir, ce "tenir le point" peut être efficace. La question du pouvoir me semble quand même très simple, il y a ceux qui l’ont, et ceux qui ne l’ont pas. Ceux qui le prennent et ceux qui le subissent. En cela, il n’y aura pas de démocratie idéale réalisée. En cela, Badiou ne fait que "tenir sa position" politique, peut-être en réafirmant certains choses importantes, mais ceci peut peut-être sembler un peut dérisoire si l’ont attend l’avènement d’un monde réellement plus juste, plus équitable, plus humain, plus émancipateur. Bref, on est pas sorti de l’auberge, à moins de trouver une réelle nouvelle forme politique, inédite. Et là, j’ai rien sous le coude à proposer. Concernant le transcendantal, il est assez évident que Badiou y colle ce concept de "pétainisme", ce qui lui permet en opposition d’affirmer son communisme. Mais je crois que Badiou a plutôt fait la démarche suivante : il a tiré de la situation actuelle cette idée du pétainisme pour se rendre compte que c’est le transcendantal de la France, et il ne s’est pas demandé, qu’est-ce que le transcendantal de la France ? tiens, si je dis que c’est le pétainisme, ça me permet d’exister fortement en face. Bon, c’est une lecture possible, Badiou est peut-être plus vicieux, et moi très naïf. Je suis ravi en tout cas, que ça creuse un peu dans les têtes, et finalement en particulier dans la mienne... Merci à tous pour vos commentaires et n’hésitez pas à continuer. A moi maintenant de poser une question, si elle a du sens... S’il y a un impératif politique à l’heure actuelle (et il semble bien qu’il y en ait un), est-ce choisir son camp, comme j’ai l’impression que le fait, en réalité, Badiou dans ce livre ? Ou ne faudrait-il pas plutôt radicaliser la critique pour tenter de faire émerger quelque chose de neuf (du genre d’un nouveau Leviathan) qui balayerait les vieilleries d’un ancien monde dont certains sont très nostalgiques ? Il est peut-être venu, à nouveau (différence et répétition) le temps de changer d’air/d’ère ?
Commentaire n° 8 posté par a.w. le 01/11/2007 à 00h52

Je ne connais pas un maoïste qui ne soit vicieux, donc oui, peut-être es-tu naïf dans ce cas-ci. Tes précisions sur ce qu’il dit sont utiles, mais je ne vois pour ma part rien de neuf sous le soleil de la part d’un homme pour qui la révolution culturelle était une étape importante dans l’émancipation populaire, pour un philosophe qui considère que la vie humaine n’a pas de valeur absolue - la conséquence (qui colle d’ailleurs très bien au maoïsme) est donc qu’on peut s’en servir jusqu’à la détruire selon les contigences politiques du moment. Face à ce genre d’impératif, je préfère encore l’immobilisme. La question qu’il faut se poser est la suivante : ce que tu lis t’intéresse parce que c’est Badiou qui le dit ou parce que ça te semble pertinent ? Je suppose que tu feras le deuxième choix. La question devient donc : le cadre idéologique dans lequel fonctionne Badiou altère-t-il, influence-t-il ce qu’il dit ? Est-ce que ça en diminue la pertinence / l’importance ? Pour moi, la réponse est clairement oui. On parlait de Zizek et de Negri il y a peu. Voilà des gens dont le cadre politique ne me convient pas mais chez qui je trouve des choses pertinentes dans leurs réflexions, parce je sens plus d’intégrité, moins de manipulation. Badiou -et je ne parle pas de Badiou-le-philosophe mais de Badiou-le-politicien (parce que c’est de ça qu’il s’agit) - ne rentre pas selon moi dans cette catégorie. En ce qui concerne ta question, il n’y a pas d’ancien monde à balayer. Ces notions d’ancien à éliminer et de nouveau à reconstruire - bref, la tabula rasa au niveau de la société- c’est la matrice de tous les totalitarismes. Société nouvelle implique homme nouveau. Pour obtenir l’homme nouveau, une seule manière si on ne veut pas attendre des siècles : éliminer l’ancien, physiquement si nécessaire (et c’est toujours nécessaire). Et même avant d’en arriver là, il faudrait de toute façon payer le prix du sang, ce que je ne suis pas prêt à faire. C’est d’ailleurs un peu là l’hypocrisie de Badiou. On sait quel est son idéal de société, et on sait aussi ce qui a été fait au nom de cet idéal pour au final ne même pas y parvenir. Et donc on devrait savoir qu’il vaut mieux les problèmes actuels que se lancer là-dedans. D’autre part, c’est pas un nouveau Hobbes qu’il nous faut, mais plus de Locke. En ce qui concerne l’anrchie qui serait la loi du plus fort, qu’est donc la démocratie, sinon la meilleure façon de faire plier le faible / la minorité sous le poids du fort / la majorité ? On ne va pas rentrer dans les détails, mais il y a en fait théoriquement - et j’insiste sur le théoriquement - pas mal de raisons pour penser qu’au contraire l’absence de structure étatique permettrait d’échapper à cette loi du plus fort. Non, ce qu’il faudrait demander à Mica s’il repasse par ici, c’est un peu plus de détails sur ses sociétés segmentaires, finalement extrêment peu nombreuses. On en trouve encore en Afrique, mais il faut savoir qu’il y a un millier d’années, il y en avait encore en Europe. Pourquoi ont-elles disparu ? J’ai bien peur que l’explication de cette disparition soit également la preuve de l’impossibilité de retrouver pareille société aujourd’hui. (D’ailleurs, ce n’est pas le capitalisme, l’industrialisation ou l’Etat qui empêche ce retour, c’est sans doute surtout que les humains sont trop nombreux pour survivre dans ce type de société.)
Commentaire n° 9 posté par fausto le 01/11/2007 à 16h11

Il me semble que marxisme et anarchisme souffrent d’un même problème : ces deux théories s’appuient sur un axiome, celui de la bonté de l’homme. Ce n’est que si l’homme est bon qu’il peut vivre en paix avec ses semblables. Or, l’être humain est mesquin, méchant, vicieux, etc. L’homme ne peut vivre en paix avec l’homme que si on l’oblige. D’ailleurs l’anarchie est la fin du marxisme. La Lutte des classes doit mener à la Révolution, celle-ci instaurera une Dictature du prolétariat afin de rééduquer les hommes, à leur désapprendre le sens de la propriété, etc. Ce sera alors la disparition de l’Etat : l’anarchie. Tout ça pour dire que l’anarchie en tant que système politique n’a guère de sens. Par contre, en tant qu’attitude de révolte, elle a non seulement un sens, mais elle a quelque chose d’admirable. Il y a eu des expériences de gestion anarchiste au XXe siècle, notamment en Italie et en Espagne. Daniel Guérin s’y réfère souvent dans ses essais. Cela fonctionne un temps (parce qu’il s’agit de petites structures), puis ça finit par se casser la gueule. L’anarchisme est un peu comme le socialisme (théorie politique disparue au cours du XXe siècle) : une force d’opposition qui ne doit surtout pas atteindre le pouvoir.
Commentaire n° 10 posté par Bartleby le 02/11/2007 à 08h46

Beaucoup d’anars te diront que c’est précisément parce que l’homme n’est pas naturellement bon qu’il faut à tout prix éviter de permettre à quiconque d’avoir du pouvoir sur les hommes. L’Etat étant dirigé par des humains, ceux-ci n’étant pas fiables par essence, il faut donc s’en débarasser pour choisir à la place l’anarchie qui, si elle n’abolira jamais tous les phénomènes de domination et d’oppression, multiplie au moins les opportunités de s’en libérer. C’est donc, je pense, un mauvais procès ou plus précisément un argument à double tranchant puisqu’il peut se retourner contre le démocrate qui le manie. Moi, le problème que je vois en ce qui concerne l’anarchie "classique", c’est qu’il s’agit d’une théorie aux bases individualistes mais qui, étrangement, ne considère la mise en pratique concrète que sur des bases collectives, une sorte de communisme non-autoritaire et pur. Il y a selon moi une contradiction majeure là-dedans. (Sans même souligner le fait que communisme non-autoritaire est un oxymore.) Bien sûr, les théoriciens de l’anarchisme-collectiviste, communiste, etc (qui sont les théoriciens les plus populaires mais pas nécessairement les plus intéressants) ont toujours essayé de balayer cette contradiction comme si elle n’existait pas ou n’était en tout cas pas d’une importance capitale. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas convaincant.
Commentaire n° 11 posté par fausto le 02/11/2007 à 11h17

Je comprends bien ce que tu veux dire. Je ne suis pas spécialement démocrate. La démocratie est peut-être uniquement le moins pire des régimes. Quoique... C’est la règne de l’imbécilité. Mais, comme tu le dis, les hommes étant mauvais, il est difficile de trouver autre chose. Néanmoins, les anarchistes semblent quand même penser que l’homme est bon. Sinon, comment pourraient-ils vivre ensemble en paix sans aucune forme d’autorité ? Kant avait raison de dire que "l’homme est un animal qui a besoin d’un maître." Et de souligner cette difficulté que ce maître a à son tour besoin d’un maître, etc. D’où le malaise qui surgit à la lecture du Léviathan de Hobbes. Impossible de lui donner tort, même si ce qu’il pense est impossible à accepter... A la limite, c’est le marxisme qui a le mieux compris l’anarchie. Pour que l’anarchie soit possible, il faut rééduquer les hommes (Mmm ! les goulags comme école de pensée !) de telle façon qu’ils ne soient plus des hommes... D’où l’impossibilité. Je crois donc que l’anarchie politique est un leurre. L’anarchie n’est qu’une attitude personnelle qui consiste à se tenir en retrait de ce qui se passe. C’est l’atopia. Ni dieu, ni maître, tentons de nous en tirer quand même... Ce sont les personnages que j’aime tant, ceux d’Onetti, etc.
Commentaire n° 12 posté par Bartleby le 02/11/2007 à 12h18

Commentaire n° 13 posté par fausto le 02/11/2007 à 17h17

Il exagère un peu, le journaliste Jean Birnbaum, je trouve, en s’en prenant à Badiou et son livre de cette manière. Oui, évidement, c’est pamhplétaire, c’est virulant, c’est excessif et limite. Mais ce n’est pas très malin de la part du journaliste de pointer ceci pour porter son coup. Je trouve par exemple qu’il est plus judicieux, comme tu l’as fait Fausto et comme j’ai souhaité qu’on en discute, de se demander si la solution de Badiou est la bonne ou non, et là, il y a quand même des choses à dire. Mais, j’ai l’impression que Jean Birnbaum s’est un peu senti heurté par ce style excessif de Badiou et qu’il n’en garde que cela. J’aurai tout aussi bien pu écrire quelque chose la-dessus, sur l’écriture pamphlétaire, mais j’ai préféré essayer de comprendre ce que voulait dire Badiou (en faux-naïf, évidement, comme tu peux l’imaginer, et non parce que c’est Badiou, mais bien parce que la question m’intéresse). Jean Birnbaum donne deux manières par lesquelles Badiou ruine son propre propose : "Politiquement, d’abord, il multiplie amalgames polémiques, raccourcis fallacieux et propositions équivoques." J’ai l’impression que Birnbaum est tombé dans le piège que Badiou a tissé à ses détracateurs anticipés, un piège provocateur. Il ne me semble pas qu’il faille lire uniquement les moyens de son discours, une fois de plus. "Mais c’est surtout le ton adopté qui suscite le malaise.(...)Quelle que soit la cible visée, de tels procédés sont détestables. Ils déshonorent quiconque s’y laisse aller." On entendrait presque après visée "et surtout si c’est notre président"... Sérieusement, la forme est énervée, Badiou a la haine. Mais bon, on faisiat des caricatures à une autre époque qui était plus terrible que cela. Enfin, je ne veux pas me faire l’avocat du diable, je tiens seulement à dire qu’il y a des éléments de réflexion dans ce livre (comme on peut en trouver par ailleurs, encore une fois, comme tu le dis Fausto, rien de nouveau sous le soleil...), et sa parution est une occasion de se (re)poser certaines questions. En fait, c’est qui Jean Birnbaum, à part un ancien producteur à France Culture, un actuel journaliste au Monde et celui qui a réalisé le dernier entretien avec Derrida avant sa mort (je n’ai rien trouvé d’autre sur le net) ? Quelqu’un connaît ?
Commentaire n° 14 posté par a.w. le 02/11/2007 à 21h54

Birnbaum est un militant / sympathisant (pas tout à fait certain) trotskiste, mouvement sur lequel il a pas mal travaillé journalistiquement aussi. De cette info, tu peux faire deux choses : soit en déduire que sa critique n’a aucune légitimité puisque Trots’ et Maoïstes ne peuvent se voir en peinture, soit qu’elle d’autant plus pertinente puisqu’il a une connaissance de première main de la rhétorique et de l’idéologie de la petite secte de Badiou. En ce qui me concerne, ce que dit Birnbaum rejoint les intuitions que j’ai développées en mettant en rapport ce que tu dis du livre, ce que je sais de Badiou et de ses opinions politiques. De quoi Badiou est-il le nom, une question intéressante ça aussi. Je doute par ailleurs que Birnbaum soit tombé dans un piège, tant les passages dont il parle sont typiques (ou même archétypiques) de la prose d’extrême-gauche. Je n’y vois pas de provocation, juste une triste cohérence. Bien entendu, n’ayant pas lu le livre, je ne peux que me baser sur ce que je sais par ailleurs de l’auteur et sur ce qu’on dit ici et là du livre. Je me plante peut-être complètement. Enfin, oui, j’imagine bien qu’il est possible de trouver des éléments de réflexion là-dedans comme j’en trouve dans plein de livres avec lesquels je en suis pas d’accord. Simplement, dans ce cas-ci, je passe.
Commentaire n° 15 posté par fausto le 02/11/2007 à 23h15

J’oubliais : il me semble exclus de penser que Birnbaum ait de la sympathie pour Sarkozy, je ne crois donc pas que son malaise par rapport au ton soit autre chose... qu’un malaise par rapport au ton.
Commentaire n° 16 posté par fausto le 02/11/2007 à 23h18

Merci pour ces précisions, et ton point de vue tout à fait intéressant, Fausto. J’aurai ainsi tenté de lire ce livre de manière analytique, puis critique. Par ailleurs, tout ceci ouvre aussi un espace possible pour de longues nuits à refaire le monde, avec l’aide de qui veut, mica, untel, bartleby... Il suffira peut-être de trouver un materiau un peu plus conséquent, consistant. Juste pour finir, très rapidement, je voulais noter qu’il y a certainement un facteur démographique important dans la réalisation d’un projet politique, à mon sens. Gouverner cent personnes, dix mille personnes et un milliard n’est pas la même chose. L’anarchie est assurément à exclure dépassé un certain seuil. Les autres systèmes aussi dans des proportions plus larges, doivent certainement avoir leurs limites, dont le nombre de gouvernés n’est pas un élément négligeable. De plus, plutôt que savoir si elle est bonne ou mauvaise, c’est plutôt le constat d’une masse abrutie qui m’interpelle et m’indispose. Quel régime politique, quel système, quelle hypothèse pourrait rendre l’homme plus intelligent, plus critique, plus responsable ? (Si tant est qu’il soit judicieux de vouloir le rendre plus intelligent, enfin, c’est ça aussi l’émancipation, non ?). Enfin, petite question à Bartleby, as-tu lu un peu Volodine ? Il y a quelque chose d’atopique chez ses "untermensch", chez son "peuple post-exotique" comme le nomme Ruffel dans son essai. Une population entière hors, à côté. Il faudrait que je creuse pour étayer, et éviter de dire une bêtise partie d’une mauvaise intuition. L’atopon se place peut-être volontairement hors du système auquel il devrait appartenir. Dans le cas du peuple post-exotique, c’est un mélange, il est refoulé aux marges du système par le système lui-même, mais résiste en même temps à être considéré dans la marge et cherche même à s’en échapper.
Commentaire n° 17 posté par a.w. le 03/11/2007 à 00h28

"De plus, plutôt que savoir si elle est bonne ou mauvaise, c’est plutôt le constat d’une masse abrutie qui m’interpelle et m’indispose. Quel régime politique, quel système, quelle hypothèse pourrait rendre l’homme plus intelligent, plus critique, plus responsable ? (Si tant est qu’il soit judicieux de vouloir le rendre plus intelligent, enfin, c’est ça aussi l’émancipation, non ?)." Mais, cher a.w., que les gens se fassent la guerre, hein, mais qu’ils le fassent en toute intelligence, tiens ! Voilà que je me réponds à moi-même... faut vraiment que j’aille me coucher.
Commentaire n° 18 posté par a.w. le 03/11/2007 à 00h38

Non Antonio, je n’ai jamais lu Volodine. Tes papiers m’en ont donné envie, mais je n’ai encore rien acheté. En fait, j’ai une sorte de réticence inexplicable. Mais s’il est question d’atopia, je vais finir par le faire ! En bouquinant ses oeuvres, ma préférence allait à Dondog. Dis-moi par quoi commencer et cela ira agrandir mes piles de livres non lus !
Commentaire n° 19 posté par Bartleby le 03/11/2007 à 08h04

"Quel régime politique, quel système, quelle hypothèse pourrait rendre l’homme plus intelligent, plus critique, plus responsable ?" Il est sans doute trop facile de répondre à cette question, et on la prendrait pour une boutade (Aucun). Je serais tenté de te demander quel homme veut devenir plus intelligent. Certes, on aimerait bien qu’il le soit, mais il nous emmerde, si je puis dire. Peut-être ne faut-il pas penser à une échelle politique, mais commencer par exercer son éthique, c’est-à-dire rester vigilant et s’encourager les uns les autres à ne pas céder. Un truc comme ça quoi.
Commentaire n° 20 posté par Untel le 03/11/2007 à 15h50

Untel : Oui, mais sans vouloir faire le naïf, la question politique me semble éminente. Qui passe certainement par une prise de conscience, une réfléxion critique à la petite échelle de son être. Et, c’est peut-être pas donné à tout le monde, effectivement. Et puis, il faut l’entretenir la vigilance, oui. Mais justement. Ca fait partie de notre vie de manière indissociable. Alors, hop, pirouette : "Quel régime politique, quel système, quelle hypothèse pourrait éviter à l’homme d’être moins intelligent, moins critique, moins responsable qu’il ne l’est déjà ?" Et tu me diras, elle est facile aussi celle-là : idem ! Bartleby : J’ai beaucoup aimé "Des Anges mineurs", et je crois que ’vy a un coup de coeur pour celui-ci . Il existe en poche, ce n’est donc pas une ruine. Celui qui m’a le plus marqué est celui auquel j’ai emprunté le nom pour mon blog : "Lisbonne dernière marge". Très original, très déroutant. Il me semble un de ses romans les plus "expérimentaux" bien que ce mot ne signifie pas grand chose quand on connait un peu l’oeuvre du bonhomme. "Songes de Mevlido", le dernier, est aussi très bon. En y repensant, l’atopie du "peuple post-exotique" (je reprends cette citation du livre de Ruffel) est peut-être moins évidente que dans les livres que tu analyses sur ton site, puisqu’il y a une grande part d’imaginaire, d’onirisme dans les fictions volodiniennes. Mais s’il on est entre la vie et la mort, entre la veille et le sommeil, entre la fiction et la réalité, l’oeuvre de Volodine a des ancres lourdement enfoncées dans le réel.
Commentaire n° 21 posté par a.w. le 05/11/2007 à 23h09

Merci ! Acheté "Des anges mineurs" aujourd’hui. Les piles de livres à lire deviennent dangereuses...
Commentaire n° 22 posté par Bartleby le 06/11/2007 à 17h20

Je voulais te le dire depuis un certain temps : j’ai lu le Volodine. Je trouve cela très bon, même si ce n’est pas mon univers. Si tu lis de la philosophie, pourquoi n’en parlerais-tu pas également ? Amicalement,
Commentaire n° 23 posté par Bartleby le 17/11/2007 à 17h06

Oui, pourquoi n’en parlerais-je pas ? Peut-être parce que je me sens moins armé qu’en ce qui concerne la littérature. Mais mais mais, ça viendra certainement. Proportionnellement à mes lectures de littérature, ça fait peu de temps que je lis de la philosophie comme de la philosophie et non comme de la littérature, comme je le faisais auparavant. Néanmoins, je commence tout doucement à voir émerger certaines choses, et quand je croise certaines lectures d’Agamben et de Volodine, par exemple, je me dis qu’il y a là un terreau fertile à penser. Je tenterai de me plier à cet exercice. Mais il faut encore m’équiper.
Commentaire n° 24 posté par a.w. le 17/11/2007 à 20h24

Très bonne lecture de ce livre salvateur de Badiou. J’ai aussi lu ici une très bonne critique que je vous conseille car elle devrait vous intéresser : http://www.relectures.org/spip.php?...
Commentaire n° 25 posté par Alfons le 21/11/2007 à 16h15

Merci Alfons pour ce commentaire, je vais suivre votre conseil et lire l’article en lien.
Commentaire n° 26 posté par a.w. le 22/11/2007 à 14h52

voici quelques conférences audio d’alain badiou données le 26 novembre notamment sur "de quoi sarkosy est-il le nom ?" http://www.citephilo.org/?/audio
Commentaire n° 27 posté par carole le 05/12/2007 à 20h25

Merci pour le lien, je suis en train (d’essayer) d’écouter la conférence sur Le nom de Sarkozy... mais le son est vraiment très mauvais. Monsieur Badiou parle trop bas ou trop loin !
Commentaire n° 28 posté par a.w. le 05/12/2007 à 20h49
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