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Un serial killer couronné par la SGDL

Marc Villemain - Et que morts s’ensuivent (Seuil, 2009)

dimanche 6 septembre 2009, par G@rp

Je ne sais pas vous, mais je n’avais jamais entendu parler de Marc Villemain avant de recevoir le mail suivant : « Toi qui est nouvelliste : Et que morts s’ensuivent. Ça devrait te plaire. »
Or, quelques jours après avoir archivé ce message énigmatique, hasard ou coïncidence, Marc Villemain répondait au questionnaire du FFC. N’ayons pas peur des mots : on n’échappe pas à son destin.
Mais qui donc est Marc Villemain  ?
Né le 1er octobre 1968 à Meaux ; IEP 1995 (son Mémoire a d’ailleurs été repris sous une forme expurgée quatre ans plus tard pour la Fondation Jean-Jaurès) ; critique littéraire au Magazine des Livres ; a collaboré (très brièvement, apprend-on) aux pages cultures du Point ; auteur de deux romans Monsieur Lévy (Plon – 2003), Et je dirai au monde toute la haine qu’il m’inspire (Maren Sell Editeurs – 2006) ; membre de la SGDL qui a couronné Et que morts s’ensuivent (Seuil – 2009) du Grand Prix de la Nouvelle 2009 ; a publié des nouvelles, entretiens, essais…
[STOP]
Tout ceci n’et qu’une couverture.
Marc Villemain est un serial killer.
Il est notoire, au moins depuis Jack L. (le tueur, pas le ministre) que ce genre de personnage aime à relater ses exploits : Et que morts s’ensuivent en est la preuve.
Absolue.
Reste à déterminer le profil du tueur, ses mobiles – fussent-ils apparents ou non.
On suppose que Marc Villemain, grand admirateur de JG Ballard, a décidé de régler ses comptes avec L’Office du tourisme de Guérande depuis que ce dernier a refusé de l’inclure dans les célébrités de la région - cf. page 160, dans le cadre de l’affaire Jean-Claude Le Guennec :
Nota Bene : L’Office du tourisme de Guérande refusa d’ajouter dans son dépliant le nom de l’auteur de ce livre à la liste des écrivains qui, tel Honoré de Balzac, évoquèrent la cité médiévale dans leurs ouvrages.
Cet indice, révélé par Marc Villemain lui-même dans ce qu’on pense être un moment d’égarement, laisse à penser que le chapitre V de son recueil aurait en réalité constitué le déclencheur d’une succession de cruautés diaboliques et caustiques : la première victime serait donc Jean-Claude Le Guennec.
Autre indice troublant : la coquille trop belle pour être vraie à la page 163 de la biographie de Jean-Charles Langlois :
Marié à Géraldine Bouvier en 1982, le divorce pour faute sera prononcé en 1988. Il régularisera son adultère en épousant Lucille Croisic, qui lui donnera une fille, Félicie, avant de le quitter. Elle décédera quand Lucille aura cinq ans.
Que Villemain confonde ici Lucille, la mère, avec Félicie, la fille, est un acte manqué au sens freudien du terme ; sa portée n’est donc pas à démontrer. D’où il infère que Langlois peut être considéré, en réalité, comme la seconde victime de Villemain.
Comment opéra ce dernier par la suite ?
En concoctant une petite foire aux atrocités délicatement nappée d’une sauce provinciale voire sociale : la gent criminelle se montre d’ailleurs unanime pour saluer le brio de leur pair, savoir-faire trouvant son apogée par la désignation de Géraldine Bouvier en tant qu’exécutrice des basses œuvres du tueur en série. Interrogé à ce sujet, sous couvert de l’anonymat, un proche de Géraldine Bouvier minimise toutefois le rôle de cette dernière auprès du serial killer :
« Depuis sa plus tendre enfance, elle avait développé le goût des déguisements. Tout y passait : infirmière, quadragénaire vivant mal l’approche de la cinquantaine, ancienne des Folies Bergères, etc. Ça ne l’a jamais quitté. Je crois qu’elle a d’ailleurs rencontré Marc Villemain lors d’une soirée costumée à Paimpol, ou peut-être à Guérande, à moins que cela ne se soit arrivé près de chez vous. Une chose est sûre, ils ne se sont plus quittés par la suite même si on perd la trace de Géraldine au terme de 165 pages. Si vous voulez mon avis, elle n’est pas décédée, elle a dû pousser son travestissement à l’extrême et changer d’identité. »
Après investigations, il est possible que Géraldine Bouvier se dissimule sous les énigmatiques (encore que) initiales M.D ; l’avocat avec lequel nous avons pris contact s’est refusé à tout commentaire au sujet de l’affaire, se retranchant derrière le secret professionnel.
à titre anecdotique, nombreux sont ceux ayant eu l’occasion de croiser Géraldine Bouvier à la comparer à « la dame blanche que l’on voit avant de mourir. » De quoi frémir, même si nous préférons leur laisser l’entière responsabilité de leurs propos.
Quant à Marc Villemain, sa dernière apparition en public daterait de février 2009, époque à laquelle il était guide touristique au château de la R. (Charente-Maritime). En effet, certains indices concomitant laissent à penser que l’homme n’hésitant pas à mêler imaginaire et réalité pour décrire les dix portraits de la galerie du même nom, d’une voix off espiègle et, selon les termes de certains touristes, « cannibale » [sic], voire, plus surprenant, « une voix off à la Amélie Poulain », cet homme qui terminait la visite par la salle des gisants au cœur de laquelle il autopsiait littéralement la biographie de ceux dont il venait de disséquer malicieusement la représentation picturale quelques étages plus haut, cet homme présente trop de points communs avec Marc Villemain pour ne pas être lui ; la façon d’exposer la mort en éventualité inattendue est trop proche de Villemain – ou de Paul Valéry ? [ cf. incipit : L’homme est plus général que sa vie et ses actes. Il est comme prévu pour plus d’éventualités qu’il n’en peut connaître.] – pour n’être que le fruit de pures coïncidences.
En outre, nous venons d’évoquer dix portraits alors que Et que morts s’ensuivent comporte onze séquences. Pas la peine d’appeler les Experts de Miami ou d’ailleurs ni de faire beugler les Who en générique afin de traquer l’ADN manquant : il ne s’agit pas d’une erreur. La onzième, à bien y regarder, malgré la présence du corps de M.D au rang de l’exposition terminale, nous apparaît bien trop proche de Marc Villemain pour ne pas être un leurre. Nous pensons donc pouvoir affirmer : M.D est vivante. Et si quelqu’un dit le contraire, nous contactons son notre avocat. Reste que son lien avec Marc Villemain est loin d’être établi de façon précise, au même titre que celui de Géraldine Bouvier (cf. supra). Double de Marc ? Amie proche ? Ex petite amie ? Amour d’enfance contrarié ? Ex collègue de L’Office du tourisme de Guérande ? Aucune hypothèse n’est exclue pas même celle du suicide.
Quant au modus operandi de Marc Villemain  : diaboliquement efficace. De vifs coups de canifs filés en douce à toutes les couches de la société – chacun en prenant pour son grade.
Exemple :
Elle se vantait d’être un critique littéraire à l’ancienne : entendez par là qu’elle se faisait fort de lire chaque texte jusqu’à son terme, mettait un point d’honneur à ne pas féminiser statuts et fonctions, se montrait farouchement imperméable aux coteries et se refusait à toute espèce de mondanité. Les mauvaises langues diront sans doute de son éthique qu’il lui fallut rencontrer l’échec au Goncourt pour trouver un début d’application (Piétra-d’Eyssinet fut battue sur le fil au troisième tour de scrutin par un illustre inconnu qui depuis l’est resté), mais ce ne sont pas de mauvaises langues pour rien. D’autant que son roman, Le Talon de Clarisse, remporta un succès populaire immédiat et obtint même le Prix de la Confirmation qu’un consortium de grandes surfaces remet annuellement à de béats lauréats.
 
Exemple#2 :
 
Dans les mois qui suivirent le drame, alors que d’aucuns auraient pu s’attendre à une relative apathie au sein de la petite communauté guérandaise, l’Institut départemental de la statistique enregistra une augmentation remarquable du nombre de grossesses. Le message était clair : il fallait venger Erwan. Et pour y parvenir, faire savoir au tueur que la vie continuait malgré tout, que les enfants étaient ici en leur royaume, et que nul pervers détraqué libidineux toxicomane fumeur arabe juif négroïde homosexuel pédophile incestueux intellectuel n’empêcherait quiconque de jouir des indescriptibles félicités de la province indépendante, celtique et catholique. La vie reprit donc peu à peu son cours normal : les surfeurs surfaient sous les yeux des minaudes, les commerçants commerçaient, les chômeurs chômaient, les pêcheurs pêchaient et les paroissiens suppliaient. Les parents d’Erwan, un temps laminés par la sollicitude, ne tardèrent plus à se retrouver seuls avec leur détresse. Au bout du compte pourtant, et comme il arrive souvent en de telles tragédies, leur comportement fut des plus courageux, et ils firent montre dans le chagrin d’une pudeur que beaucoup auraient pu leur envier. La morale de l’histoire est absolument éprouvée : ceux qui souffrent le moins sont ceux qui réclament le plus, ceux qui souffrent le plus sont ceux qui se taisent le mieux. Il peut arriver que douleur et désolation soient bonnes conseillères.
 
Et que morts s’ensuivent a donc ce goût délicat, finement salé, des petits meurtres entres amis mêlés de « c’est arrivé près de chez vous », caustique à souhait ; un côté « Alfred Hitchcock présente » qui laisse aux lèvres un sourire en coin, et aux yeux un plissé satisfait.
Les serial killer ont toujours fasciné le public.

2 Messages de forum

  • Un serial killer couronné par la SGDL 12 septembre 2009 22:40, par gaotian

    Merci G@rp pour l’article, ça me donne envie de lire ! J’ai pas encore eu le temps de dire tout le bien que je pense de ce site (quel dynamisme du tonnerre-thunderbrotonnerre-, du beau php tout ça !) mais je compte bien le faire, lentement, avec la méticulosité d’un psychopathe criminel démembreur d’êtres vivants à ses heures perdus (poulets rôtis et autres..) tout au long d’une suite de messages que j’espère plein d’un enthousiasme qui ne demande qu’à être partagé. Santé !!!

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    • Un serial killer couronné par la SGDL 13 septembre 2009 16:57, par G@rp

      Merci à toi, gaotian. Tu es le premier à commenter cette note sur Et que morts s’ensuivent, et quelque chose me dit que ce recueil de nouvelles te plaira, à toi aussi. Ne serais-tu pas nouvelliste ? hm ? Merci aussi pour les compliments à l’attention des Chums... qui attendent non sans impatience le résultat de ton...autopsie. Santé ! Et au plaisir de te lire.

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