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Le Marque-page - Sigismund Krzyzanowski (Verdier - 1991)
publié le 27 avril 2011
Le Marque-page, conte qui ouvre ce recueil et lui donne son titre, permet de comprendre quel rôle Krzyzanowski attribue à la littérature et aux écrivains. Le narrateur rencontre, sur un banc public, un « attrapeur de thèmes », un type capable de se saisir de n’importe quel objet, une corniche par exemple, ou encore un copeau de bois virevoltant dans l’air, et d’en faire la pierre angulaire d’une histoire signifiante, qui suscite la réflexion et la rêverie de ses interlocuteurs. Bref, un type doué. (...)
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Éric Chevillard - Dino Egger (Éditions de Minuit - 2011)
publié le 21 avril 2011
Dino Egger n’existe pas. Mais s’il avait existé - pour expliquer la dimension du type - il aurait trouvé un remède à ce qui cloche en ce bas monde. Albert Moindre en est persuadé (du moins dans un premier temps) et s’efforce de le « trouver », en inventant toutes sortes d’outils et de concepts qui auraient pu être ceux de Dino Egger, qui auraient pu avoir une influence décisivement bénéfique sur le cours des choses. Seulement voilà, Albert Moindre n’est pas Dino Egger, et au lieu du grandiose que cherche (...)
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Vladimir Makanine - La BrÈche (Gallimard - 2007)
publié le 6 avril 2011
La brèche est un passage, une frontière entre le monde d’en bas et la surface. Dans le premier sont réfugiés les intellectuels, qui dissertent sans fin, dans une dispute joyeuse, du devenir du pays, de leur solidarité avec ceux d’en haut, et peut-être même, si ça se trouve, de littérature. Leur solidarité avec la masse, le peuple qui occupe le monde du haut, n’est bien sûr pas diminuée par le fait que ces bien-pensants ont construit une société parallèle, où l’on trouve de tout alors que le dénuement est (...)
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William H. Gass - Sonate Cartésienne (Le Cherche Midi, coll. Lot49, 2009 - trad. Marc Chénetier)
publié le 23 novembre 2009
Mon Dieu, rappelez-vous que je suis censé penser ; sentir et voir pour tout le monde – vous vous rendez compte ! -, c’est ça le vrai boulot de l’auteur ; et tout ce temps-là, le Christ roupille dans son fauteuil. Au détour d’un de ces coups de volant importuns qui sont la mousse et la littérature du grand William Gass, l’histoire d’une medium malchanceuse mute subrepticement en calque palimpseste d’un mur de toilettes au fond d’un bar-salle de billard à la campagne, mêlant « cloques de la peinture, (...)
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Georges Picard - Journal ironique d’une rivalité amoureuse (José Corti, 2009)
publié le 12 novembre 2009
« Vasco en est sûr, il me l’a assez répété : c’est lui qui tombera le premier Cymbeline. Etrange expression que cet argot qui compare une conquête amoureuse au gaulage de noix. Depuis quelques temps, je me familiarise avec une certaine vulgarité, ayant compris que la pudeur et la subtilité sont plutôt des entraves. » La pudeur, la subtilité, sans doute, mais surtout la pusillanimité, la tendance à intercaler entre la réalité et soi un voile de rêveries, ou le fait de prendre plaisir à conserver le désir (...)
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Thomas Bernhard - Oui (Gallimard)
publié le 27 octobre 2009
Oui. Drôle de titre pour un livre de Thomas Bernhard, se dit-on, dès lors qu’on a lu au moins un de ses autres livres. Serait-ce un récit insolemment optimiste, un conte philosophique clamant la joie d’exister, de l’eau de rose en veux-tu, en voilà ? D’avance on sourit aux plaisanteries grivoises que le personnage (sans doute un voyageur séducteur invétéré) adressera aux paysannes autrichiennes aux cuisses généreuses… Hum. Non, on n’est pas dépaysé par le ton du narrateur, typique d’un récit de (...)
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publié le 15 octobre 2009
« Si on ne vaut rien, si on se dégoûte, que peut-on défendre sous la torture ? Même pas les futurs souvenirs. »
Liscano ne cède à aucune sorte de lyrisme. Même lorsqu’il décrit la torture, qu’il a personnellement subie dans les prisons uruguayennes, il ne cherche pas à faire faire vivre à son lecteur la douleur ressentie, mais il le fait d’une façon comme détachée, qui souligne encore l’absurdité des conséquences de la rencontre accidentelle du tortionnaire et du prisonnier (termes impersonnels que (...)
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publié le 12 octobre 2009
Les racines de l’opération Arbre de fumée « Saint Paul dit qu’il y a un seul Dieu, il le confirme, mais il ajoute : « il y a un seul Dieu, et maints ministères. » Selon moi, ça veut dire qu’on peut sortir d’un univers et pénétrer dans un autre ; il suffit de se tourner dans une direction et de marcher tout droit. Je veux dire, on peut débarquer dans une contrée où le destin des être humains est absolument différent de ce que tu croyais qu’il était. Par la poussière, bordel. Alors qu’elle est la chose (...)
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publié le 28 septembre 2009
« (…) il avait abandonné Sofía comme on abandonne un moyen de transport qui ne nous sert plus, et elle se multipliait en une infinité de particules aériennes, d’une extrême rapidité, qui le suivaient à la trace, bourdonnaient à ses oreilles et commençaient déjà à le lacérer avec leur minuscule gosier édenté. » Roman d’amours, ou d’Amour, Le Passé est le roman d’un idéal. Pourtant, la relation au cœur du livre, celle qui a uni pendant douze ans Sofía et Rímini, est interrompue après seulement 60 pages, et (...)
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Paco Ignacio Taibo II - Ombre de l’ombre (Rivages Noirs)
publié le 24 septembre 2009
Il n’a besoin que de quatre joueurs de dominos pour représenter un Mexico subversif, immuable et, dans une certaine mesure, insensible aux changements de régimes et à la succession des « révolutions » réussies ou avortées (tout se passe en 1922) : un ouvrier (syndicaliste anarchiste), un poète (qui a combattu aux côtés de Pancho Villa), un journaliste (spécialisé dans les faits divers sanglants – « la poésie du XXème siècle »), et un avocat (défenseur des prostitués). Le problème est que plus la couverture (...)