Incandenza !


En 2009, lorsque paraissait La fonction du balai, premier roman de David Foster Wallace, voilà ce qu’on pouvait lire entre les omoplates cartographiés de Jayne Mansfield : « David Foster Wallace est né en 1962 dans l’Illinois, nouvelliste, auteur d’essais et d’un roman épique devenu culte, Infinite Jest (tous parus ou à paraître au Diable Vauvert). » … tous parus… ou à paraître… Nous sommes en 2015, le film de James Ponsoldt vient de faire ses classes bobo-indie à Sundance et ceux qui n’aiment pas prêter leurs jouets ont déjà commencé à râler sans même avoir vu les yeux tristounes de Jason Segel. Le Diable Vauvert a désormais publié le dernier roman inachevé de DFW (c'était il y a quatre ans) et tout ce qui pouvait l’être, ou presque. Reste encore un ou deux essais et recueils de nouvelles (notamment Oblivion et Consider the Lobster). Faisant ça, la maison gardoise a fabriqué un immense trou noir d'attente désespérée autour de ce qui demeure, avec La famille royale de Vollmann, comme le meilleur roman américain de ces vingt dernières années.

Nous sommes en 2015 et Infinite Jest est toujours indisponible chez nous alors même qu’il y a un paquet de mots en français dedans et tout un ruban de l’intrigue qui se passe chez une bande de Québécois dinglingos. Autant dire que c'est du tout cuit pour le premier traducteur venu.

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Alors quoi ? Alors, traduire Infinite Jest ça n'est pas vraiment comme traduire le dernier livre de cuisine de Gwyneth Paltrow. Ça serait plutôt le genre de mano a mano herculéen à classer aux côtés de L'arc-en-ciel de la gravité de Pynchon, du JR de Gaddis, du Renégat de Jirgl ou encore de l’Horcynus Orca de d’Arrigo. 2015. Les éditions du Diable Vauvert ont depuis passé le relais à l’Olivier où l’entreprise semble connaitre les mêmes étirements métaphysiques. C'est Francis Kerline, traducteur de Jonathan Lethem et Will Self (enfin, du coup, pas de Parapluie qui a été traduit par Hoepffner) qui vient de prendre une licence à la Enfield Tennis Academy et on imagine même pas les mouvements titanesques et les moulinets incantatoires qu’il doit faire tous les jours dans son bureau pour démêler une simple phrase dans laquelle Wallace a caché le début d’un rhizome et deux trois notes en fin de volume. Et c’est exactement pour cette raison que le Fric Frac Club en remet une couche avec l’un de ses totems préférés et sort ses plus beaux bandanas pour la semaine, une semaine corporatement rebaptisée « Semaine Incandenza ». Francis, ton nom sera inscrit aux côtés des héros de la patrie. On en fait une affaire personnelle.

- Le Fric Frac Club

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